Éphéméride des luttes bretonnes / Juillet

Miz gouere

25 juillet 1983 la station RBO – actuellement Radio Breizh Izel- est envahie par des militant.e.s d’Emgann pour réclamer la création d’une radio bretonne autonome sur les cinq départements bretons. Lancé un an plus tôt, le mouvement Emgann avait été créé par des militant.e.s des groupes anti-répressifs bretons soutenant les inculpés du FLB, d’anciens prisonniers politiques ou militant.e.s des groupes clandestins bretons. La naissance de ce mouvement, et la longévité qui va suivre, marque la naissance d’une gauche révolutionnaire bretonne indépendantiste structurée sur la durée. Avant cela, le phénomène particulier de la lutte clandestine avait déjà largement contribué à former le cadre politique et intellectuel de ce mouvement. Signe d’une continuité, le slogan de l’Armée Révolutionnaire Bretonne a été repris par Emgann puis par les groupes de gauche indépendantiste qui lui ont succédé : Bevet Breizh Dieub ha Sokialour.

25 juillet 1976, pendant les fêtes de Cornouaille à Quimper, un attentat du FLB détruit en plein jour l’immeuble en construction de la Banque Nationale de Paris. Quelques années plus tard, l’auteur de l’attentat commente l’évènement dans le livre « Bretagne 79, des années de poudre » sous le pseudonyme de Marie Pierre Bonnet. « Cet attentat, aux yeux de milliers de personnes, au nez et à la barbe de la police, reste encore dans bien des mémoires. Le moment, la maîtrise technique et un culot certain démontrent qu’en Bretagne des hommes osent se donner les moyens de contester l’ordre établi. Ils ne peuvent se satisfaire d’un folklore, aussi riche soit-il, à destination unique des touristes. Pour eux, la langue, la culture, l’identité collective n’ont de sens que si elles contribuent à sceller harmonieusement les pierres angulaires d’une nation en lutte vers son indépendance. »

14 juillet 1975, pour célébrer la « fête nationale », le FLB dynamite la statue à l’entrée du camp de l’école militaire Saint Cyr Coetquidan en forêt de Brocéliande.

29-30 juillet 1970, des commandos paysans passent à l’action directe contre les « cumulards » dans la région de Saint Dolay (Morbihan) en fauchant les champs de maïs de grands propriétaires qui spéculent sur les terres agricoles. L’action est revendiquée au nom des ‘Coupeurs’, et ces derniers affirment « Tu as le fric, tu as la loi, tu as ton fusil… La police va courir après les coupeurs de maïs et les condamner si elle peut. (…) Mais nous avons la fermeté de la vraie justice, aussi les meilleurs choses ont une fin. (..) Ainsi demain, la vallée de la Vilaine et la Bretagne ne seront pas le paradis des P.D.G. en vacances, admirant les quelques paysans parqués ayant chapeau bas et tête baissée devant les nouveaux seigneurs. »
La chanson « Paysans en lutte debout » rend hommage à ces actions :

14 juillet 1929, dans le journal Breiz Atao du Parti autonomiste breton, Meavenn continue de concevoir et d’organiser un mouvement féministe breton, ses idées placent les femmes au premier plan de la libération bretonne et appellent à leur auto-organisation en tant que femmes. « Les Merc’hed Breiz sont venues nombreuses au congrès de Châteaulin et, de là-bas, elles sont reparties sans aucun doute plus ardentes à la lutte. Mais rien n’y fut fait par elles et pour elles seules, car, en ce temps-là, le Groupe féminin existait…sur le papier. (…) Cela ne pouvait durer. C’était nous condamner d’avance, car ne pas grandir, c’est mourir, et, encore une fois, il faut que la femme bretonne sauve la Bretagne. »

7 juillet 1929, le journal Breiz Atao termine son édition par des témoignages de Bretons victimes de « gaz asphyxiant » pendant la guerre de 14-18. Entre autres mises en causes, les fameux gaz lacrymogènes que nous connaissons bien. Utilisés à quelques reprise avant la guerre, c’est surtout au front à partir de 1914 que leur emploi se répand. Après controverse entre les pays belligérants sur les armes chimiques, les grenades lacrymogènes sont depuis longtemps interdites par des conventions internationales lors des conflits armés. Interdites contre des militaires, les grenades lacrymogènes sont néanmoins massivement utilisées en France contre des civils pour le maintien de l’ordre. Nantes, Rennes, Notre Dame des Landes, les populations bretonnes sont d’ailleurs aujourd’hui une cible d’écoulement privilégiée de ces armes chimiques.

Juillet 1914 : publication du 19ème et dernier numéro de Brug, le journal anarchiste en langue bretonne créé par Emile Masson. Lancé en janvier 1913, la déclaration de guerre qui précipite l’Europe dans la Première guerre mondiale vient mettre fin à l’initiative. Certains contributeurs du journal sont en fuite à l’étranger et désertent la mobilisation générale comme Louis N. Le Roux, d’autres comme Jo Le Bras, instituteur socialiste breton, meurent sur le front dans les années qui suivent. Masson lui dédit un ouvrage dans lequel on peut lire « ‘Evit Breiz’ disait-il sans cesse : pour la Bretagne, et c’est pour la Bretagne qu’il a donné sa vie, tout en rêvant de soulager la misère et l’ignorance des siens ; de retourner parmi eux enseigner les choses nécessaires : l’union qui fait la force, la coopération, l’entraide des travailleurs, afin qu’ils sachent désormais faire leur vie plus douce et plus belle, et qu’ils rendent à leur langue antique et magnifique son antique et magnifique prestige ».

Juillet 1912, dans la foulée du premier manifeste indépendantiste breton, le nouveau Parti nationaliste breton lance son journal Breiz Dishual, Bretagne libre. Sur la première page on peut lire une charge contre le régionalisme désuet et pour le passage à l’action bretonne indépendante de la France et de ses serviteurs : « Malgré le dévouement et l’activité de ses militants, le mouvement breton qui, sous l’étiquette régionaliste, travaille depuis bientôt quinze ans à l’instauration d’un nouvel état de choses, moins oppressif pour notre pays ; ce mouvement semble n’avoir obtenu dans l’ensemble que de très médiocres résultats. Quand on compare l’action des régionalistes bretons à celle des nationalistes irlandais, quand on considère le succès qui couronne les efforts de ceux-ci et l’avortement qui paraît menacer les entreprises de ceux-là, on est obligé de reconnaître que la meilleure méthode n’est point du côté des Bretons. »

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