Éphéméride des luttes bretonnes – Mai

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24 mai 2016 Une attaque à l’explosif endommage le siège sociale de la société Variscan Mines à Orléans. Depuis plusieurs mois, la filiale française de cette société australienne d’extractivisme tente d’imposer des projets miniers massivement contestés en Bretagne. C’est particulièrement dans le Trégor et dans le centre Bretagne que ses efforts sont concentrés, autour des permis dits de Loc-Envel, Silfiac et Merléac. Face à cette tentative de spoliation et de destruction massive de l’environnement au profit d’une poignée d’actionnaires ultra riches, la société bretonne répond par une contestation large et protéiforme. Très rapidement, des collectifs et associations se montent pour informer et mobiliser les populations contre cette menace inédite depuis les dernières tentatives d’impositions de centrales nucléaires en Bretagne. Les élus locaux s’opposent aussi massivement aux projets, des pétitions, manifestations et évènements festifs font vivre une opposition locale puissante. La bombe chez Variscan ponctue ce phénomène et laisse prévoir une future contestation violente à coté des autres formes de mobilisations. L’action est revendiquée par un groupe jusqu’alors inconnu, NHU, Ni Hon Unan, « Nous mêmes » en breton. Le communiqué du groupe publié sur le site internet 7seizh prévient : « La société Variscan a déclaré il y a peu ne pas vouloir d’un nouveau Notre-Dame-des-Landes contre les projets miniers. Que la chose soit claire, ce qui les attend sera bien pire encore. » En avril 2019, le ministre de l’économie Bruno Le Maire annonce l’abandon officiel de ces projets.

30 mai 1984 Une centaine de militant·e·s se rassemblent devant le tribunal de Guingamp, à l’appel de Stourm Ar Brezhoneg et des comités de soutiens de SAB, pour soutenir Hervé ar Beg. Il a été condamné pour des actions de peinturlurage revendiquant une signalétique bilingue bretonne-française. Il doit verser 2 millions d’anciens francs avant le 3 juin, sous peine d’être incarcéré en cas de non règlement. L’efficacité stratégique de SAB et le soutien qu’il rencontre dans les populations amènent l’Etat à renforcer considérablement sa répression sur ces actions de désobéissance civile pour la langue bretonne. La mobilisation suit également pour répondre aux intimidations de la justice, comme à Guingamp en soutien à Hervé ar Beg. Des banderoles sont accrochées dans les rues et des panneaux unilingues sont repeints en noir, sous les slogans de « brezhoneg yezh broadel, brezhoneg yezh ofisiel ».

8 mai 1982 Le SPV, Strollad Pobl Vreizh, tient un congrès à Lorient après trois ans d’existence. Le groupe revendique 137 militant·e·s et explique à la presse « La majorité de nos membres sont politiquement vierges. Pour le reste, des anciens du F.L.B. qui ont été en prison, des militants de mouvements culturels ou de partis bretons comme S.A.V. et l’U.D.B., des insoumis bretons… » Sa ligne idéologique est celle d’un nationalisme breton radical, se revendiquant tantôt de l’apolitisme coutumier des droites bretonnes, ou du « socialisme révolutionnaire », le contexte idéologique des années 1970 étant encore fortement marqué en Bretagne. Le parti s’était fait remarqué par sa présence sur le terrain des luttes en Bretagne, collages d’affiches, bombages, actions symboliques et participations aux mobilisations anti-nucléaires comme à Plogoff et au Pellerin. C’est dans le cadre de ces opposions radicales au nucléaire que le trésorier du SPV, Jean Pierre Le Mat, est arrêté le 19 avril 1982. Il est accusé d’avoir stocké une certaine quantité d’armes chez ses voisins. Libéré le 30 avril, il peut finalement assister au congrès de son parti, qui pour afficher publiquement son soutien, le nomme président du SPV.

30 mai 1979 Le super-flic Le Taillanter, dépêché depuis Paris pour démanteler le FLB, fête une partie de sa victoire à la préfecture de Rennes. Il y reçoit légion d’honneur, champagne et petits fours. Ce français d’origine bretonne est surnommé « le tombeur des séparatistes », il est tout à fait reconnu par les autorités pour ses compétences en la matière. Avant d’officier en Bretagne, il avait déjà fait ses preuves en Algérie. Sur la fin des années 1970 son efficacité se fait remarquer – arrestations, GAV et emprisonnements se multiplient. Des sévices physiques, autrement dit tortures, sont également répertoriés. En réponse à l’ensemble de son œuvre, un commando du FLB fait irruption dans la villa de Le Taillanter à Plouezec, en pleine journée, précisément quand il reçoit sa récompense. La femme du policier présente sur place tente de faire croire au commando qu’il se trompe de maison, pour l’inciter à faire exploser celle des voisins. Son acte de bravoure lui vaut d’être ligotée sur une chaise au fond du jardin. Le groupe quitte finalement les lieux après avoir déposé un engin explosif près des bouteilles de gaz, la villa s’en retrouve presque entièrement détruite. L’équipe de Le Taillanter qui trinque à la préfecture apprend vite la nouvelle, elle repose alors petits fours et champagne pour aller constater les dégâts.

23 mai 1977 Ouverture de la première classe Diwan de l’histoire à Lampaul Ploudalmezeau, dans le Léon. Cela fait environ un siècle que des intellectuels et des personnalités bretonnes demandent par divers moyens à l’État de créer un véritable enseignement en langue bretonne. Malgré pétitions, votations, lois, déclarations électorales en tout genre, aucune avancée significative n’est jamais venue. Face à cette situation bloquée, des militant·e·s breton·ne·s· lancent eux-mêmes Diwan, des écoles immersives privées, gratuites et laïques en langue bretonne. Cinq enfants de 2 à 4 ans composent cette première classe, le professeur y est Denez Abernot. C’est un chanteur de Storlock, le premier groupe de punk-rock en langue bretonne. Depuis cette époque, le réseau Diwan s’est considérablement agrandi en Bretagne, il profite d’ailleurs d’un soutien populaire important et bien ancré depuis de nombreuses années. Malgré tout, le ministre de l’éducation actuel remet toujours en cause les méthodes de l’immersion, tout comme d’autres politiciens français qui, à l’instar d’Alexis Corbière, prennent souvent pour cible ces écoles afin d’affirmer encore et toujours leur jacobinisme viscéral.

3 mai 1925 Alors que la France n’accorde ni le droit de voter ni le droit d’être éligible aux femmes, une ouvrière Penn Sardin de Douarnenez est élue au conseil municipal sur une liste communiste. Le jour de l’élection, ce sont des cortèges entiers de femmes, d’hommes et d’enfants, qui arpentent les rues de la ville derrière le drapeau rouge pour accompagner les votants aux urnes. La victoire électorale est largement fêtée dans le port ouvrier, mais la préfecture rappelle vite tout le monde à l’ordre en annulant l’élection de Joséphine Pencalet. Cette dernière se tourne alors vers le Conseil d’État, qui à son tour confirme l’invalidité de l’élection. Vingt ans plus tard, les femmes accéderont enfin à ce droit de voter et d’être élues, qu’une bretonne n’avait pas eu peur de prendre avant l’heure malgré les préjugés et les interdits.

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