Éphéméride des luttes bretonnes – Octobre / Miz Here

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Octobre 1998 : Le journal d’Emgann annonce sur sa première page un clash entre Gilles Servat et le Front National. Au programme, une tentative de récupération d’une des chansons militantes bretonnes les plus populaires : la Blanche Hermine. Au lieu de soutenir Servat inconditionnellement, un article non signé dans le journal précise « Il faut se rendre à l’évidence : le FN se l’est appropriée car elle véhicule les mêmes valeurs machistes que lui ». Après avoir cité les paroles, en effet très portées sur la femme à la maison et l’homme au combat, l’article termine sur ces mots : « ‘La femme bretonne n’est pas là pour réfléchir ni se battre : sa vie est vouée à son mari et à ses enfants’, discours officiel du FN. Alors touches-y à ton hermine et remplace toutes ces conneries, de manière à ce que le FN n’ait pas envie de la chanter. »

29-30 octobre 1998 : L’Hôtel de ville de Belfort subit une explosion d’une forte intensité qui détruit une quinzaine de bureaux. La revendication arrive rapidement de l’ARB, pour une action qui s’est pourtant déroulée loin de la Bretagne. Il faut dire que Belfort est le fief de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’intérieur et plus que connu en Bretagne, en Corse ou au Pays Basque pour son jacobinisme exacerbé.

Octobre 1986 : L’entreprise COGEMA, qui veut extraire de l’uranium en Bretagne, est en promenade dans le kreiz-Breizh. Il avait commencé par tenter d’installer ses foreuses à Melioneg, près de Rostrenen. Assez vite néanmoins, les engins furent redécorés en opposition à l’extraction. En octobre 1986, voilà que l’entreprise tente un nouveau secteur, Guilligomarc’h. Cette fois des précautions sont prises, un agent de sécurité est dépêché pendant le week-end pour éviter toute décoration sauvage. Les habitant.e.s du secteur réagissent malgré tout aussi vite qu’à Melioneg, a peine installé le chantier est investi et les engins sont allègrement peinturlurés. Les différents repères installés par l’entreprise dans le but de commencer les recherches sont démontés et dispersés dans la nature. Le vigile finit bien par se manifester, en tentant une attaque à la lacrymogène sur les manifetant.e.s… La conséquence, toute évidente, fut le désarmement du vigile, l’utilisation de sa bombe contre lui-même, puis un petit moment d’enfermement dans sa cabane de service, histoire de se calmer.

Octobre 1978 : Dans le journal Combat Breton, Xavier Grall commente l’attentat survenu quelques mois auparavant au château de Versailles. « Moi, j’avoue que j’ai rigolé. Mieux vaut bomber, bombarder, plastiquer des pierres et des croûtes que de tuer des hommes. Ce château de la vanité et de l’assujettissement et de l’abaissement des provinces et des ouvriers et des paysans à la volonté d’un monarque qui se prenait pour le soleil, n’était-il pas le symbole même de la servitude politique ? Remarquez, il tient toujours debout. Ils l’ont griffé, égratigné. Comme un pauvre griffe, égratigne un bourgeois, comme ça, par dignité, comme ça, pour l’honneur. Pas mal ! Si Versailles m’était bombé… Gros scandale en France ! Ce pays peut torturer à tour de bras en Algérie, seule une minorité se soulève. Mais alors, insulter Versailles, c’est pas permis ! (…) Passez châteaux, resteront nos chapelles dans la lande ! Oui, en ce jour de juin où Versailles me fut bombé, il me vient à l’idée qu’un certain activisme breton s’orientait vers une réelle intelligence politique. C’est cela qui ne sera pas pardonné aux auteurs supposés de l’attentat. Mais c’est pour cette raison là que les fils des Bonnets Rouges et les enfants des tempêtes et les hommes oubliés devraient relever la tête, en vrais chevaux d’orgueil… Si Versailles m’était bombé… »

21 octobre 1928 : Après une énième tentative de tractations pour faire s’unir les groupements catholiques, régionalistes et le jeune Breiz Atao, un article est publié dans le journal pour décrire l’échec des projets d’union. Mordrel y raconte comment il se retrouva seul au rendez-vous convenu pour parler d’une union inter-groupes bretons, qu’il prit donc le temps de déguster un chocolat, faute de parler d’union, d’où le titre de son article « Union et chocolat ». Au final, le groupe nationaliste de Breiz Atao, qui restera un des plus importants de cette époque, a toujours vite abandonné ces logiques d’unions entre groupes du dît mouvement breton, préférant plutôt développer sa propre force et sa propre structure. S’il prêchait l’union entre ses membres, il ne la recherchait donc pas franchement avec ses concurrents sur la scène politique bretonne. « Je ne sais pas si nous répondrons encore une fois – la dixième depuis dix ans – à des avances en faveur de l’union : nous avons été assez « chocolat » comme ça, et nous n’avons pas de temps à perdre en parlottes qui masquent trop souvent des intrigues sans intérêts. Il nous paraît plus simple de continuer à développer le Parti Autonomiste Breton, où l’union des militants bretons de toutes provenances a été réalisée avec succès. »

Éphéméride des luttes bretonnes – Septembre

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11 septembre 2016 : Une grande manifestation se tient à Lannion contre le projet d’extraction de sable coquillier dans la baie qui borde la ville. Le projet est porté par la CAN (compagnie armoricaine de navigation) et son impopularité est au plus fort. Quelques jours auparavant, des bateaux ont commencé à extraire le sable en pleine nuit, du fait d’un déblocage juridique tardif. En réponse, 5 000 personnes manifestent le dimanche 11 septembre dans les rues de Lannion pour demander l’arrêt du projet. Le soir même, le local du PS – le parti alors au pouvoir – est visé par un engin incendiaire qui endommage la façade du local. « Aodoù disuj enep an extraction » [côtes insoumises contre l’extraction] est tagué sur place et la presse régionale signale une revendication signée NHU. La même signature avait été retrouvée en mai de la même année contre la compagnie minière Variscan. Le lundi qui suit le week-end animé de Lannion, Ségolène Royale – alors ministre de l’environnement – diligente une inspection sur le chantier et la CAN annonce également un arrêt de l’extraction. Malgré une bataille judiciaire toujours en cours pour relancer les travaux, le chantier n’a toujours pas repris.

23 septembre 2014 : Dans la nuit, le centre des finances publiques de Questembert voit ses portes détruites par un incendie volontaire. Une inscription laisse peu de doute sur l’origine du groupe, l’ARB, un groupe récent qui ne renvoie plus à l’Armée révolutionnaire bretonne mais à Argad résistance bretonne. Le groupe s’est déjà fait connaître pour des destructions de radars ou des attaques de bâtiments publics. Un tract de revendication émanant du groupe est d’ailleurs retrouvé sur place.

26 septembre 1992 : Le groupe Fulor organise une soirée concerts à Carnac contre la bétonisation liée au tout-tourisme. Dans le tract lié à l’évènement il est expliqué : « Cette politique du bétonnage et du tourisme « avant tout » nous promet comme avenir : des boulots de larbins deux mois par an, des boulots précaires toute l’année, un exode des jeunes qui ira en s’amplifiant, des paysages défigurés, une identité bafouée, une répression accrue contre tous ceux qui voudront résister à cet état de fait. » Les militant.e.s de Dispac’h ne peuvent que confirmer.

27 septembre 1991 : L’APEEB (association de parents d’élèves pour l’enseignement du breton) réalise une action d’occupation du rectorat de Nantes. Cette association, devenue par la suite Div Yezh, est toujours contrainte de réaliser des actions du genre pour tenter d’obtenir un enseignement de la langue bretonne dans les écoles publiques. Cette action fait suite à un travail de fond réalisé par l’association, qui demande la création de 4 postes en Loire Atlantique, où 500 élèves pourraient être intéressés par un enseignement brittophone. Dans l’année 1991, le président de cette association a tenté une grève de la faim pour se faire entendre, puis faute de succès, l’occupation du rectorat est lancée. Comme souvent, la fin de cette action illustre la réponse de l’État : la répression. L’action se termine en effet par une évacuation par les forces de l’ordre.

27 & 28 septembre 1975 : Une assemblée de fondation commence à structurer un nouveau groupe politique breton, le FASAB : front autonomiste socialiste autogestionnaire breton. Le groupe vient d’ajouter le terme d’autonomiste dans son nom, seul mot qui n’était pas présent dans le titre du groupe lors de son lancement le 8 juin 1974. Dans son premier bulletin intérieur, il est expliqué que l’idée d’autonomie est privilégiée car l’idée d’indépendance est associée au nationalisme de droite. Ils défendent l’idée selon laquelle l’autonomie et le socialisme autogestionnaire se rejoignent : « tous deux se réfèrent à la même nécessité d’accorder à chaque communauté, politique ou économique le libre choix de son destin et la libre gestion de ses affaires. Tous deux se réfèrent à un même refus des dirigismes, des centralisations politique et des concentrations économiques. »

3 septembre 1933 : Une grande animation politique s’empare du bourg de Saint Goazec : l’Action Française y tient une grande réunion et différents mouvements politiques comptent bien l’en empêcher. Une contre-manifestation socialiste et communiste est annoncée et le jeune PNB qui publie le fameux journal Breiz Atao est également sur place. Après avoir diffusé des tracts hostiles à l’AF, la quinzaine de militants nationalistes présents pénètrent sur le site de la réunion. Une altercation commence rapidement et François Debauvais, l’un des chefs de file du mouvement, est blessé à la tête par des coups de matraques assénés par les Camelots du roi (service d’ordre de l’organisation royaliste). À la suite de cette altercation, les nationaliste rejoignent le cortège socialo-communiste qui fonce sur le lieu du rassemblement de l’AF. Deux barrages de police sont forcés avant que la manifestation ne soit bloquée par un car renversé sur la route pour empêcher tout passage.

Ephéméride des luttes bretonnes – Août

Eost

18 août 2018 : Le collectif Dispac’h organise une action coup de poing à Saint Malo. L’action se déroule sur le camping des Nielles, un ancien camping public vendu au privé pour construire un hôtel 5 étoiles. Le lieu est temporairement occupé pour lancer l’idée d’une ZAD en bord de mer si le projet venait à se concrétiser. Pour rappeler aux pennoù bras qui espèrent bétonner le lieu que tout est toujours possible, une barricade est érigée en quelques minutes à l’entrée du camping. On peut y lire « On est pas tou.te.s nées sous du 5 étoiles ». La vingtaine de militant.e.s ayant fait le déplacement en profitent également pour distribuer des tracts, déployer des banderoles sur la falaise qui borde le camping et craquer quelques fumigènes pour attirer l’attention.

17 août 1997 : A l’appel du collectif Menhirs Libres à Carnac, impulsé notamment par des indépendantistes, 600 personnes se rendent entre les alignements de pierres millénaires pour dénoncer la fermeture grillagée et la marchandisation du site. Largement porté par des habitant.e.s du secteur, le collectif organise une visite des dégâts réalisés par les premiers travaux, diffuse des tracts et bloque les routes à côté du site pour se faire remarquer.

12 août 1987 : Alors que le festival interceltique bat son plein, la nouvelle tourne dans le monde militant breton qu’un nationaliste corse vient d’être transféré à la prison de Ploemeur, en périphérie de Lorient. Felice Tomasi, prisonnier politique corse, est incarcéré depuis quatre ans et toujours en attente de son procès. Les militant.e.s d’Emgann décident alors d’aller lui remonter le moral en faisant du bruit près de la prison. Une vingtaine de militant.e.s se retrouvent donc devant les murs du pénitencier de Ploemeur, avec gwenn ha du, binioù et bombarde pour se faire entendre. Les matons ne semblent pas trouver le spectacle très agréable car l’un d’entre eux tente à plusieurs reprise de s’occuper seul du rétablissement de l’ordre. Il saisit un pistolet d’alarme mais tire pas mégarde dans la pelouse ce qui l’oblige donc à appeler du renfort pour retrouver le projectile. Deuxième tentative en lâchant des chiens, mais ces derniers semblent se désintéresser des militant.e.s. Après négociations, les militant.e.s expliquent qu’il est inacceptable d’accueillir en Bretagne un nationaliste corse dans ce genre de conditions. Il est donc proposé de l’héberger chez des membres d’Emgann, mais l’administration pénitentiaire n’est pas d’accord. Le groupe de militant.e.s repart finalement après s’être bruyamment fait entendre. La dernière voiture à quitter les lieux a la mauvaise surprise de se faire bloquer façon cow-boy par une voiture de police, mais le bon réflexe d’appuyer fortement sur le klaxon pour prévenir le reste du convoi. Une fois la colonne de voitures revenues en arrière, la police se sentant très fortement entourée ne cherche plus à retenir personne, mais plutôt à partir.

Août 1982 : Quelques personnalités politiques et culturelles bretonnes et françaises se réunissent à Vannes pour célébrer le « rattachement » de la Bretagne et de la France en 1532. Après une conférence, la petite notabilité se retrouve près de la cathédrale pour poser une plaque commémorative. L’écrivain Jean Markale est dans l’assistance, le président de Kendalc’h fait un petit discours, puis c’est au tour du maire de Vannes de prendre la parole. Tout ce petit monde s’apprêtait à chanter le Bro Gozh quand une troupe militante fit son apparition pour perturber la petite sauterie. Le groupe appartient au SPV, Strollad Pobl Vreizh, ouvertement indépendantiste, et l’action a le mérite de la clarté. Le micro est subtilisé aux orateurs, le drapeau français qui ne manquait pas de trôner fièrement est brûlé et la plaque commémorative est recouverte de goudron quelques minutes après son inauguration.

15 août 1975 : Dans le cœur des monts d’arrée, la centrale nucléaire de Brennilis subit une attaque à l’explosif. Le FLB revendique l’action qui paralyse la centrale pour plusieurs jours. Deux explosions endommagent la prise d’eau d’une turbine et détruisent un poste téléphonique. De nombreuses vitres sont également brisées. C’est le premier attentat dans une centrale nucléaire française.

Éphéméride des luttes bretonnes- Juillet

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Juillet 1995 Dans Combat Breton est publié un texte de Mélanie, du groupe Fulor Bro Naoned. Ce groupe anarcho-indépendantiste est proche d’Emgann, tout en restant autonome, et est plus lié à la contre-culture urbaine des jeunes générations que les historiques de la gauche indépendantiste. Intitulé Lettre à un(e) camarade français(e), le texte ne manque pas d’arguments efficaces pour décrire les décalages avec les gauches françaises, dont le jacobinisme est souvent trop peu déconstruit. « J’entends aussi souvent qu’il s’agirait d’un replis culturel. Or il me semble, à moi, qu’ayant par force intégré la culture de l’envahisseur tout en partant à la reconquête de la nôtre propre, nous ne faisons qu’agrandir notre savoir, ce qui est toujours signe d’ouverture. (…) D’autres posent contre l’identité Bretonne (ou Basque ou Corse ou Macédonienne ou Tchétchène…) celle de « citoyen du monde ». Mais qu’ils m’expliquent une bonne fois pour toutes comment, d’un autre côté, ils arrivent à tenir un discours antiraciste basé sur l’enrichissement du partage des différences. Comment est-ce possible si, comme ils le disent si bien, la revendication de ces différences est un « processus de haine ». Faut-il pour aimer, déposséder l’autre de son identité ? Vous seriez un Peuple bien étrange de fonctionner ainsi. » « Camardes Françaises. Camarades Français. Vous qui par vos réactions avez plus que moi écrit cet article, nous ne blâmerons personne d’une méconnaissance de notre réalité locale, nous-mêmes avons des lacunes sur moult pays. Mais nous exigeons que cette méconnaissance soit reconnue et que vos reproches et sentences, s’il y a, soient cohérents avec ce que vous défendez par ailleurs. »

17 juillet 1992 Lors des fêtes maritimes de Brest, le groupe Stourm Ar Brezhoneg trouve une façon originale de faire parler de lui. Durant les festivités, France télévision est sur place via l’équipe de Thalassa, qui fait un direct sur le pont du « Mutin », un nom tout trouvé. Lors de la prise d’antenne, des membres de SAB sautent sur le pont et crient des slogans hostiles à la politique de France télé sur la langue bretonne, ou encore pour réclamer la création d’une chaîne de télé en langue bretonne. Les Gwenn ha Du font bien sûr aussi leur apparition pendant le direct.

23 juillet 1978 Les fêtes de Cornouaille montrent qu’en plus de leur folklorisation touristique à outrance, elles sont capables d’être également une succursale de la répression contre la Bretagne militante. L’époque est alors marquée par les procès et les emprisonnements liés aux luttes clandestines bretonnes ; c’est dans ce contexte que des militant.e.s du COBAR (comités bretons anti-répression) se rendent sur place pour distribuer des tracts. À peine les papiers commencent à circuler que des policiers en civils et des gendarmes mobiles sautent sur toute personne coupable d’expression d’idées politiques. 23 personnes sont arrêtées, parquées dans un hall d’immeuble, puis envoyées les unes après les autres au fichage anthropométrique. Le jour même, un communiqué commun de la CGT, CFDT, PCF, UDB, PSU, LCR, HR, collectif anarchiste, Skol an Emsav, Paysans Travailleurs Sud Finistère, demandent la levée des gardes-à-vue, des poursuites et dénoncent l’illégalité du fichage. Seul un militant sera au final poursuivi pour outrage à agent, comme le témoigne ses camarades : « C’est quand même un peu gros : maintenant, un flic te fout son poing dans la gueule et c’est toi qui te fais accuser de lui avoir donné un coup de tête dans le poing ! »

8 juillet 1977 Dans la chaleur de l’été, beaucoup de Breton.ne.s sont devant leur télé pour assister au débat de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, où Pierre Jakez Hélias et Xavier Grall se font face. Le premier est devenu célèbre grâce à son best-seller Le Cheval d’Orgueil, un livre majeur pour la Bretagne qui décrit en détail le fonctionnement de la société paysanne traditionnelle. L’écrivain et poète nationaliste breton Xavier Grall lui répond dans un texte pamphlétaire : Le Cheval Couché. Les échanges sont tendus, d’un côté du plateau télé, des spécialistes de la matière bretonne hostiles aux mouvements politiques bretons, comme Hélias ou Yves Le Berre, de l’autre deux artistes et militants bretons affirmés, Grall et Youenn Gwernig. Grall semble assez largement éméché – l’alcool pouvait couler à flot à l’époque lors des émissions de télé – mais il ne lâche pas l’affaire pour exprimer sa principale critique au livre d’Hélias : faire comme si l’explosion politique et culturelle bretonne des années 1970 n’existait pas, notamment dans la fin de l’ouvrage qui parle du présent et de l’avenir de la société bretonne. Un moment de l’émission marque bien cette différence : Bernard Pivot, s’adressant à Grall : « Je vais vous lire une citation, non seulement vous vous en prenez au Cheval d’Orgueil, mais vous vous en prenez à Helias. Grall : Non. BP : « [en citant le Cheval Couché] « Hélias est un être tombale. (…) On peut être un bretonnant passionné, et certes il l’est, et un médiocre Breton. Un homme qui pleure sur un tombeau qu’il a contribué à édifier. Il faut l’inclure dans cette cohorte assez minable de cette élite qui a trahi son peuple en étant fidèle à son clan. »  » Hélias : Là vous y êtes allé un peu fort. Grall : Non je ne crois pas, fondamentalement je n’ai pas eu tort. BP : Dites moi pourquoi? Grall : Jakez Hélias est un excellent bretonnant, mais politiquement parlant, le combat politique pour la Bretagne il ne l’a jamais mené, il ne le mène pas, il ne veut pas le mener. Parce qu’il ne croit plus, pratiquement, en l’avenir de la Bretagne. (…) J’ai relu les dernières pages du Cheval d’Orgueil et vous dites carrément… Vous posez la question, (…), vous dites : « Il y a t il un peuple breton ? » Est ce vrai oui ou non ? Hélias : Oui. Grall : Et bah moi je dis qu’il y en a un ! « 

Juillet 1975 De multiples attentats du FLB viennent rythmer l’été. Le 12 juillet, une gendarmerie est attaquée à Cléguérec et le 14, pour la fête nationale, c’est une statue de l’école de Saint Cyr Coëtquidan en Brocéliande qui explose. Le 27 juillet, une nuit d’action commune conduit à un attentat à la direction départementale de l’agriculture de Quimper, ainsi qu’à celle de Nantes, où trois militants sont arrêtés pendant leur tentative. Le même soir, le camp militaire de Saint Aubin du Cormier est attaqué. Avant la fin du mois, la cité administrative de Vannes connaît le même sort, le 29 juillet. Toujours au début de l’été 1975, le journal Combat Breton publie un communiqué du FLB-ARB qui met en garde l’État contre ses projets d’installation de centrale nucléaire en Bretagne, qui finiront par déboucher à Plogoff. Le texte précise : « Cette mise en garde constitue une véritable déclaration de guerre. La France n’a pas hésité à sacrifier des centaines de milliers de vies Bretonnes pour la défense de l’idée qu’elle se faisait de la liberté. Pour ne pas voir d’autres générations sacrifiées lâchement à la gloire, au profit, à l’argent, nos commandos se montreront intraitables. Notre foi en l’indépendance de notre patrie est inébranlable et pour assurer la survie de notre peuple nous lutterons, s’il le faut jusqu’au sacrifice suprême. Bevet Breizh. »

Grandes surfaces : précipitons leur ruine !

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e brezhoneg un tammig pelloc’h

La destruction des terres agricoles

La Bretagne (B4) a vu une augmentation de 34000 ha de surfaces artificialisées et la perte de 30000 ha de terres agricoles depuis 2006. Les zones artificialisées représentent 12.8% de la superficie de la Bretagne contre 9.3% en France. 30% de l’étalement urbain est dû au développement des zones et centres commerciaux.

La ruine du commerce de proximité

Les centres-villes de nos communes sont de plus en plus désertés. Les commerces ferment les uns après les autres et nos villages ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. La destruction de ces lieux de rencontre dans la vie quotidienne pousse au chacun chez soi, à la destruction de toute vie communale et donc des possibilités d’organisation politique et sociale alternatives.

Le massacre de l’emploi

La plupart des emplois créés sont des emplois sous-payés et précaires, souvent occupés par des femmes. Un travail méprisé et aux conditions dégradées, produisant souvent des dommages physiques par les charges portées et la répétition des gestes dans l’immobilité. On estime que pour un emploi créé en grande surface, c’est trois à cinq autres qui sont détruits dans le petit commerce, l’artisanat et la paysannerie. Le chantage à l’emploi que nous vend la communication de la grande distribution à toute ouverture de magasin est faux en plus d’être condamnable.

L’entretien d’une agriculture intensive et mortifère au détriment d’une production agricole de qualité

Par la pression sur les prix qu’elles imposent à celles et ceux chez qui elle va chercher ses produits, les grandes surfaces sont parmi les principales responsables de l’extrême violence que subit le monde paysan. Le nombre de suicides chez les agriculteurs et agricultrices est particulièrement élevé en Bretagne ! Les fermes n’en finissent pas de disparaître. Celles qui restent n’ont souvent d’autres choix que l’agrandissement et l’accroissement de leur production dans des conditions toujours plus désastreuses pour se maintenir. Les aides à la reconversion ne sont encore que des épiphénomènes sans réelle volonté politique de changement de système. Parmi les principaux opposants à ce changement : les grandes surfaces, qui sont dépendantes d’une agriculture industrielle standardisée et dopée aux produits chimiques.

Le saccage de notre environnement

Des zones à perte de vue comme seul horizon. D’une sortie d’agglomération à l’entrée de la prochaine, les mêmes bâtiments sans âme s’imposent et pourrissent l’espace. En plus du désastre écologique qu’elles représentent, ces zones sont un désastre humain, une vie collective basée sur la consommation et le repli sur la sphère individuelle. Ce schéma implique l’organisation du territoire par pôle distincts : zones commerciales, zones dédiées aux loisirs, zones d’activités, cités dortoirs …. Évidemment, passer d’un pôle à l’autre multiplie les déplacements contraints, parfois longs et souvent motorisés, ce qui signifie une augmentation du trafic routier et une pollution accrue.

La vision ridicule de notre patrimoine social, culturel et historique

L’identité et la culture bretonne sont folklorisées pour mieux être vendues par ceux-là même qui contribuent à les détruire en poussant à la standardisation des modes de vie.
La Bretagne mérite mieux que d’être imprimée sur les sacs Leclerc.

Les grandes surfaces nous ruinent la vie… précipitons leur chute !

Gouc’hmac’hadoù : Diskaromp ‘ne !

Pa vez gwelet ar stumm ekonomikel o tiskarañ, a ziwaskadenn ekonomikel da wallzarvoudoù ekologel. Pa vez gwelet lodennoù renkadoù sokial a bezh o vezañ kaset kuit tamm ha tamm deus ar sistem. Pa vez gwelet penaos ez eo ar gouc’hmac’hadoù unan deus bizoù kentañ ar jiletennoù melen da stankañ ha da okupiñ. Talvezout a ra splann an doare ma vez al lec’hioù-se o vreinañ hor buhezioù.
En desped d’ar fed ma vez pinvidikaet nemet ul lodennig deus ar re binvidikañ dija e kendalc’h an dilenidi da sinañ, loc’h eno, peadra evit ma vije brasaet pe gwasoc’h zokenn savet zonenoù kenwerz nevez.

Pa vo savet pe brasaet ar zonenn kenwerzh o tont e vije brav kaout soñj deus sifroù zo :

Dibaoe 5 bloaz er stad c’hall, ar m² kenwerzhel a gresk 2 pe 5 gwech buhanoc’h evit ar boblañs (hervez al lec’h)
Ar savadurioù kenwerzh goulo a zo tremenet deus 6% da 12% etre 2010 ha 2016.
E bro Frañs e vo kavet etre 20 ha 25 million a m² kenwerzhel dilaosket e 2025.

Perak e vez kendalc’het ganto war an hent-se ? Un hent a brofit nemet d’un nebeut aozadurioù deus ar CAC40 met a zo spontus da lodenn vrasañ ar boblañs. Diaes eo ‘vidomp kompren an doare-se da aozañ an tiriad, na spi, na ijin ebet ganti, didalvoudus met lakaet e plas dizehan dibaoe ar bloavezhioù 1970….

Setu penaos e welomp ni monopol ar gouc’hmac’hadoù :

Distrujet eo an douaroù gounezel (labour-douar)

Dibaoe 2006 ez eo bet distrujet e Breizh (B4) 30 000 ha a douaroù mat da labourat, er c’hontrol ez eo kresket an takadoù kalvezadel da 34 000 ha. An takadoù-se a gemer 12,8% deus an douaroù e Breizh enep 9,3% e bro Frañs. 30% deus ledanadur ar c’herioù a zo krouet abalamour d’ar zonennoù kenwerhzel.

Dismantr ar c’henwerzhioù lec’hel

Muioc’h mui a gummunioù a vez ganto ur c’hreiz-ker o vont da get. Ar c’henwerzhioù a serr o dorioù an eil war lerc’h ar re all hag hor c’heriadennoù a varv tamm ha tamm. Al lec’hioù-se ‘oa koulskoude lec’hioù ma c’helle an dud kejañ an eil ouzh ar re all. Distruj ‘ne a laka an dud da chom pep hini b’ar ger, mervel a ra neuze buhez ar gumun ha ganti ar gallout da gaozeal, d’en em aozañ tro dro d’ur politikerez dazeilat.

Dismantr al labour

Lod brasañ an arverioù krouet a zo labourioù is-paeet, bresk, ha d’an aliesañ vez lakaet ar merc’hed war an dachenn. Al labourioù-se ‘zo dispriziet ha diaes-tre. Alies vez krouet freuzioù fizikel abalamour d’ar c’hargoù pounner pe d’ar gestroù graet hag adgraet o chom difiñv. Priziet eo bet ganeomp ar feur evit ul labour krouet en ur gourmarc’had a zistruj etre tri ha pemp labour all er c’henwerzhioù bihan, en artizanerezh, pe el labour-douar. Gaou eo neuze pez vez gwerzet deomp gant ar c’henwerzhioù bras. traoù faos nemetken a zo lavaret ganto.

Dalc’het vez gant ul labourerezh-douar stank ha dismantrus ha laosket vez da goll ul labourerezh-douar a galite.
Abalamour d’ar gwask lakaet gant ar gourmac’hadoù war ar peizanted, pa z’eont da brenañ o broduioù d’ar brizioù izelañ, e wellomp hiriv an deiz bed al labour douar o treiñ d’ar gallhuñvre. Muioc’h mui a beizanted a choaz d’en emlazhañ e Breizh ha ne baouez ket an tiez-feurm da vont da get. Ar re a chom n’o deus ket choaz ebet all ‘vit brasaat ha en em ledanaat hep derc’hel kont deus ar c’hondisionoù spontus krouet. Ar sikourioù roet evit distreiñ d’ur sistem bevus a chom rall hep c’hoant gwir ebet deus perzh ar stad hag ar politikerezh da cheñch an traoù da vat. Hag etrezek a re a chom a enep d’ar cheñchamantoù-se e kavomp ar gourmac’hadoù evel just. Ar re-se o deus ezhomm deus ul labourerezh-douar greantel kaset a-benn gant ar produioù kimiek gwerzet ivez ganto.

Dismantr hor endro

D’ar pellañ ma c’hellomp sellet, ne vez gwelet nemet zonennoù marvet. O vont kuit deus ur c’hêr ‘vit mont betek un eil, ne vez nemet savadurioù diene d’ar gwelet o vreinañ an egor. Ouzhpenn d’ar grevusted ekologel, ez eo ar zonennoù-mañ un dismantr denel, ur vuhez kolektivel diazezet war ar bevezerezh hag a lak an dud da vezañ troet warno o unan. Ar chema-se a vount an tiriad d’en em aozañ dre heñchoù disheñvel : zonenn kenwerzhel, zonenn dudi, zonenn oberiantel, kouskvaoù divent… Hag n’eo ket aes tremen d’ur zonenn d’egile evel just, rediet vezomp da fiñval ha da saotrañ war omp lerc’h neuze.

C’hoari al lu gant hor sevenadur sokial hag istorel

Indentelezh ha sevenadur Breizh zo lakaet ‘giz ur folklor ‘vit gellet gwerzhañ ‘ne gwelloc’h. Gwerzhet gant ar re a zistruj ar sevenadur-se o vountañ pep hini war zu ar skoueriekadur. Biskoazh ne talc’ho Breizh ouzh ur sac’h Leclerc.

Ar memes chema zo lakaet da red dibaoe 50 vloaz, gant ar memes gwallzarvoudoù ekonomikel hag ekologel o heuliañ. Da bep dilennadeg ez eo ar memes raktresoù, gant ar memes chema, hag an tiriadoù tro-dro a zismantr tamm ha tamm.

War ar bilañs ez eo sklaer hiriv, studiadennoù ekologel spontus ha dispi. Breizh a bae uhel priz an aozadur tiriadel breiñ-se. Aozadur an tiriad a rank bezañ graet gant ar vretoned ha n’eo ket evit uhelvennad ar c’hevalaouriezh.

Hor dilenidi a gomz deomp jentilig, evit parkañ ac’hanomp gweloc’h war lerc’h.
Deomp ni da gas war raok al luskad evit adtapout an dorn war hor tiriadoù ! Boycott ha dismantr ar gourmarc’hadoù !

Éphéméride des luttes bretonnes – Juin

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1er et 5 juin 2018 Le collectif Dispac’h organise deux actions contre les avant-premières du film Bécassine ! Depuis quelques semaines, l’appel à boycott du collectif a fait parler de lui, la presse parisienne s’emballe sur les irréductibles Breton.ne.s réfractaires au progrès bécassinien. Lors de ces avant-premières, le film doit être diffusé sous protection policière, malgré l’ambiance bon enfant des actions menées. A Rennes comme à Brest, des tracts et des autocollants sont distribués devant le cinéma, où la foule est très loin de se presser pour voir le film. Quelques effets de mobiliers urbains sont détournés ou redécorés, pour permettre une expression artistique éphémère. Après la mobilisation devant les cinémas, une projection est organisée à Rennes comme à Brest pour diffuser le film bien plus intéressant de Thierry Compain, « On nous appelait Bécassine », documentaire sur l’émigration féminine bretonne à Paris destinée à servir la bourgeoisie.

13 juin 2014 Des cocktails Molotov sont lancés sur les brigades de gendarmerie de Huelgoat et Uzel, dans le Finistère et les Côtes d’Armor. Dans les deux cas, un tag « ARB » retrouvé sur place indique une signature bretonne à ces actions. Le groupe qui se nomme Argad résistance bretonne revendique par communiqué dans la foulée. Ce groupe fait parler de lui depuis quelques mois par des actions directes qui accompagnent la révolte des Bonnets Rouges, notamment via des incendies de radars. Plusieurs arrestations et GAV viendront répondre aux cocktails, généralement elles se terminent sans suite.

11 juin 2008 Une nouvelle manifestation se déroule à Quimper pour réclamer le maintien de tous les service de l’hôpital de Carhaix que l’État souhaite fermer, dont la maternité et la chirurgie. Lacrymogènes, charges de police, l’affrontement se déroule à nouveau près de la préfecture. Depuis plusieurs semaines c’est tout le centre Bretagne qui s’est largement mobilisé autour de cette question. Des sages-femmes entament des grèves de la faim, de nombreuses mairies ferment leurs portent pour protester, des actions de blocages paralysent les quatre-voies, des agriculteurs bloquent également des routes, l’Agence régionale de l’hospitalisation est occupée à Rennes, la permanence du député de Quimper favorable à la suppression est saccagée. Tout comme pour le 11 juin, les manifestations régulières à Quimper montrent des formes de luttes pleines de diversité et d’inventivité : gavotte, charge sur la police, discussion avec le préfet, puis installation d’une catapulte ou d’un canon devant la préfecture.

26 juin 1978 Des larmes plein les yeux, le célèbre présentateur PPDA annonce au journal télévisé que le château de Versailles a été victime d’un attentat. Émue par les pensées aux familles des vitres et des tableaux, la bonne société française se dit « choquée ! ». Les dégâts matériels sont très importants et il faudra plusieurs années pour remettre la partie abîmée du château en état. Avant même que les travaux ne commencent, les arrestations se multiplient en Bretagne, dont les auteurs de l’attentat qui reconnaissent les faits, mais pas la légitimité de la justice française à les juger. Quinze années de prisons viennent récompenser leurs actions, mais ils n’en feront au final que trois. Après l’élection présidentielle de 1981, le nouveau pouvoir socialiste amnistie les prisonniers politiques bretons.

2 juin 1977 Les documents de l’enquête publique du projet de centrale nucléaire au Carnet (44) sont volés dans la mairie du Couëron. Les documents terminent dans les flammes sur la place du marché. A la suite de cette action, cinq agriculteur sont interpellés et condamnés au nom de la loi anti-casseurs. Après quinze jours de détentions, ils sont finalement libérés.

10 juin 1975 A Rennes, le Front de Libération de la Bretagne/Armée Révolutionnaire Bretonne (FLB/ARB) fait sauter le bâtiment de la Police Judiciaire.

19 juin 1959 Opération ville-morte à Saint Malo, Dinard et Paramé. A l’appel de syndicats ouvriers, patronaux, agricoles, commerçants, un meeting commun demande le lancement des travaux d’une usine marée-motrice sur la Rance. A la fin du meeting, plusieurs milliers de personnes défilent jusqu’à la sous-préfecture pour remettre leur demande au pouvoir central. Le MOB et le CELIB se font le relai de cette campagne, qui aboutira finalement au lancement des travaux en 1961. Dans sa pétition diffusée pour l’occasion, le groupe régionaliste de patrons et de notables du CELIB demande que les Breton.ne.s soient traités comme des « Français à part entière »…

Éphéméride des luttes bretonnes – Mai

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24 mai 2016 Une attaque à l’explosif endommage le siège sociale de la société Variscan Mines à Orléans. Depuis plusieurs mois, la filiale française de cette société australienne d’extractivisme tente d’imposer des projets miniers massivement contestés en Bretagne. C’est particulièrement dans le Trégor et dans le centre Bretagne que ses efforts sont concentrés, autour des permis dits de Loc-Envel, Silfiac et Merléac. Face à cette tentative de spoliation et de destruction massive de l’environnement au profit d’une poignée d’actionnaires ultra riches, la société bretonne répond par une contestation large et protéiforme. Très rapidement, des collectifs et associations se montent pour informer et mobiliser les populations contre cette menace inédite depuis les dernières tentatives d’impositions de centrales nucléaires en Bretagne. Les élus locaux s’opposent aussi massivement aux projets, des pétitions, manifestations et évènements festifs font vivre une opposition locale puissante. La bombe chez Variscan ponctue ce phénomène et laisse prévoir une future contestation violente à coté des autres formes de mobilisations. L’action est revendiquée par un groupe jusqu’alors inconnu, NHU, Ni Hon Unan, « Nous mêmes » en breton. Le communiqué du groupe publié sur le site internet 7seizh prévient : « La société Variscan a déclaré il y a peu ne pas vouloir d’un nouveau Notre-Dame-des-Landes contre les projets miniers. Que la chose soit claire, ce qui les attend sera bien pire encore. » En avril 2019, le ministre de l’économie Bruno Le Maire annonce l’abandon officiel de ces projets.

30 mai 1984 Une centaine de militant·e·s se rassemblent devant le tribunal de Guingamp, à l’appel de Stourm Ar Brezhoneg et des comités de soutiens de SAB, pour soutenir Hervé ar Beg. Il a été condamné pour des actions de peinturlurage revendiquant une signalétique bilingue bretonne-française. Il doit verser 2 millions d’anciens francs avant le 3 juin, sous peine d’être incarcéré en cas de non règlement. L’efficacité stratégique de SAB et le soutien qu’il rencontre dans les populations amènent l’Etat à renforcer considérablement sa répression sur ces actions de désobéissance civile pour la langue bretonne. La mobilisation suit également pour répondre aux intimidations de la justice, comme à Guingamp en soutien à Hervé ar Beg. Des banderoles sont accrochées dans les rues et des panneaux unilingues sont repeints en noir, sous les slogans de « brezhoneg yezh broadel, brezhoneg yezh ofisiel ».

8 mai 1982 Le SPV, Strollad Pobl Vreizh, tient un congrès à Lorient après trois ans d’existence. Le groupe revendique 137 militant·e·s et explique à la presse « La majorité de nos membres sont politiquement vierges. Pour le reste, des anciens du F.L.B. qui ont été en prison, des militants de mouvements culturels ou de partis bretons comme S.A.V. et l’U.D.B., des insoumis bretons… » Sa ligne idéologique est celle d’un nationalisme breton radical, se revendiquant tantôt de l’apolitisme coutumier des droites bretonnes, ou du « socialisme révolutionnaire », le contexte idéologique des années 1970 étant encore fortement marqué en Bretagne. Le parti s’était fait remarqué par sa présence sur le terrain des luttes en Bretagne, collages d’affiches, bombages, actions symboliques et participations aux mobilisations anti-nucléaires comme à Plogoff et au Pellerin. C’est dans le cadre de ces opposions radicales au nucléaire que le trésorier du SPV, Jean Pierre Le Mat, est arrêté le 19 avril 1982. Il est accusé d’avoir stocké une certaine quantité d’armes chez ses voisins. Libéré le 30 avril, il peut finalement assister au congrès de son parti, qui pour afficher publiquement son soutien, le nomme président du SPV.

30 mai 1979 Le super-flic Le Taillanter, dépêché depuis Paris pour démanteler le FLB, fête une partie de sa victoire à la préfecture de Rennes. Il y reçoit légion d’honneur, champagne et petits fours. Ce français d’origine bretonne est surnommé « le tombeur des séparatistes », il est tout à fait reconnu par les autorités pour ses compétences en la matière. Avant d’officier en Bretagne, il avait déjà fait ses preuves en Algérie. Sur la fin des années 1970 son efficacité se fait remarquer – arrestations, GAV et emprisonnements se multiplient. Des sévices physiques, autrement dit tortures, sont également répertoriés. En réponse à l’ensemble de son œuvre, un commando du FLB fait irruption dans la villa de Le Taillanter à Plouezec, en pleine journée, précisément quand il reçoit sa récompense. La femme du policier présente sur place tente de faire croire au commando qu’il se trompe de maison, pour l’inciter à faire exploser celle des voisins. Son acte de bravoure lui vaut d’être ligotée sur une chaise au fond du jardin. Le groupe quitte finalement les lieux après avoir déposé un engin explosif près des bouteilles de gaz, la villa s’en retrouve presque entièrement détruite. L’équipe de Le Taillanter qui trinque à la préfecture apprend vite la nouvelle, elle repose alors petits fours et champagne pour aller constater les dégâts.

23 mai 1977 Ouverture de la première classe Diwan de l’histoire à Lampaul Ploudalmezeau, dans le Léon. Cela fait environ un siècle que des intellectuels et des personnalités bretonnes demandent par divers moyens à l’État de créer un véritable enseignement en langue bretonne. Malgré pétitions, votations, lois, déclarations électorales en tout genre, aucune avancée significative n’est jamais venue. Face à cette situation bloquée, des militant·e·s breton·ne·s· lancent eux-mêmes Diwan, des écoles immersives privées, gratuites et laïques en langue bretonne. Cinq enfants de 2 à 4 ans composent cette première classe, le professeur y est Denez Abernot. C’est un chanteur de Storlock, le premier groupe de punk-rock en langue bretonne. Depuis cette époque, le réseau Diwan s’est considérablement agrandi en Bretagne, il profite d’ailleurs d’un soutien populaire important et bien ancré depuis de nombreuses années. Malgré tout, le ministre de l’éducation actuel remet toujours en cause les méthodes de l’immersion, tout comme d’autres politiciens français qui, à l’instar d’Alexis Corbière, prennent souvent pour cible ces écoles afin d’affirmer encore et toujours leur jacobinisme viscéral.

3 mai 1925 Alors que la France n’accorde ni le droit de voter ni le droit d’être éligible aux femmes, une ouvrière Penn Sardin de Douarnenez est élue au conseil municipal sur une liste communiste. Le jour de l’élection, ce sont des cortèges entiers de femmes, d’hommes et d’enfants, qui arpentent les rues de la ville derrière le drapeau rouge pour accompagner les votants aux urnes. La victoire électorale est largement fêtée dans le port ouvrier, mais la préfecture rappelle vite tout le monde à l’ordre en annulant l’élection de Joséphine Pencalet. Cette dernière se tourne alors vers le Conseil d’État, qui à son tour confirme l’invalidité de l’élection. Vingt ans plus tard, les femmes accéderont enfin à ce droit de voter et d’être élues, qu’une bretonne n’avait pas eu peur de prendre avant l’heure malgré les préjugés et les interdits.