Éphéméride des luttes Bretonnes – Novembre

Miz Du
 
2 novembre 2013 La première grande manifestation des Bonnets Rouges réunit plus de 30 000 personnes à Quimper, une marée rouge remplie de drapeaux bretons recouvre la place de la Résistance, face à la préfecture. L’assemblée est très hétéroclite, pour beaucoup c’est une première manifestation. Au niveau des organisations, on note la présence des syndicats ouvriers en lutte comme FO avec les gens de Gad, des groupes de la CGT comme celle des marins pêcheurs en désaccord avec une direction nationale opposée à la manifestation. La FNSEA est également là et le préfet leur interdit de venir défiler en tracteur, quelques-uns serons vus sur place malgré tout. L’ensemble des mouvements bretons a fait le déplacement, seul Adsav – un groupuscule nationaliste d’extrême droite – n’affiche pas ses drapeaux. On voit sinon les bannières du Parti Breton, de l’UDB et de Breizhistance ainsi que du SLB. Avant même que la manifestation ne démarre, la préfecture et les CRS qui la protègent sont copieusement pris à partie. Les affrontements durent toute la journée et une partie de la soirée sur des barricades dans le centre de Quimper.
 
Novembre 2013 Dans le contexte d’agitation bretonne des Bonnets Rouges, une cinquantaine de radars est attaquée en quelques semaines en Bretagne, une trentaine détruite par le feu et complètement hors d’usage, une vingtaine dégradée. Dans la nuée des radars qui brûlent, un groupe nommé Argad Résistance Bretonne revendique la destruction de quatre radars dans le pays de Lorient. Le communiqué quelque peu confus réclame « la reconnaissance et le développement de la langue bretonne, le retour du Pays nantais en Bretagne, le respect du traité de 1532 et, enfin, pour l’arrêt de l’urbanisation intensive des campagnes bretonnes ». Passée la période très agitée des Bonnets Rouges, ce groupe revendiquera quelques actions en 2014 comme une attaque au cocktail molotov contre des gendarmeries ou une tentative d’incendie d’un centre des impôts.
 
12 et 13 novembre 1983 Emgann organise à Guingamp la première fête internationale des peuples en lutte, 3000 personnes se déplacent pour aller écouter Glenmor, I Muvrini dans des concerts aux sonorités internationales. La fête est aussi l’occasion de rencontrer les quinze délégations venues de différents peuples en lutte pour leur liberté comme au Pays Basques, en Guadeloupe, en Corse, en Irlande, en Écosse ou comme les peuples indiens de Bolivie. La déclaration commune des délégations s’achève sur ces idées « que seul un processus de décolonisation rendra à nos langues et cultures nationales la place qui leur revient de droit ; que seule la rupture avec le capitalisme garantira la liberté de nos peuples ; que vive la solidarité internationale des peuples et nations opprimées. »
 
29 novembre 1982 Youn Chaillou et Yannig Le Bechennec, deux militants du MIB – le mouvement d’insoumission bretonne – s’enchaînent a Maurice Birand, le député des Côtes-du-nord (aujourd’hui d’Armor). Le MIB lutte par nationalisme breton et par antimilitarisme contre l’enrôlement obligatoire des jeunes dans le service militaire. Par leur action les deux militants du MIB veulent se faire arrêter et incarcérer pendant les deux ans de leur service. Après avoir passé une heure en compagnie du député qui s’emporte en pensant être « plus représentatif de la population bretonne que ces mouvement marginaux », l’intervention de la police permet de faire sortir tout le monde dehors, et les deux enchaînés repartent sous les applaudissements d’une vingtaine de militant.e.s venu.e.s en soutien au cri d’ « insoumission bretonne ! ».
 
20 novembre 1932 : Le chef de l’État français Edouard Herriot vient à Nantes célébrer les quatre cents ans d’annexion de la Bretagne par la France. Cette cérémonie doit être une revanche sur le fiasco des célébrations de Vannes au mois d’août de la même année, dont les fêtes folkloriques avaient été complètement effacées par l’effet médiatique de l’attentat de Rennes sur le monument de l’union. Pour les fêtes de Nantes, le groupe Gwenn ha Du remet le paquet en faisant sauter la voie de chemin de fer qui conduit le chef de l’État pour Nantes, à la limite d’Ingrandes – sur la frontière entre la Bretagne et la France. Par souci d’épargner des vies humaines, le sabotage était signalé par des lanternes rouges, le train n’a donc pas déraillé et a seulement provoqué le retard de l’arrivée du train.
 
Novembre 1909 : Une délégation de députés et sénateurs emmenée par le député régionaliste républicaine Paul Guyesse va demander au ministre de l’Instruction publique M. Doumergue d’autoriser l’enseignement du breton. La réponse est simple et rapide : un refus total justifié par l’idée que l’apprentissage de la langue bretonne pourrait « favoriser les tendances séparatistes ». Sans doute avait-il raison d’une certaine façon. Comme une prophétie auto-réalisatrice, c’est sûrement l’opposition de l’État à la langue bretonne répétée décennies après décennies qui peut favoriser le séparatisme.
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Éphéméride des luttes bretonnes – Octobre

Miz Here

27 octobre 2015 : le Sénat rejette le projet de loi constitutionnelle de ratification de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires. C’est la fin d’une longue agonie politique pour un texte qui n’aura finalement aucune réalité. Les débats autour de la Charte ont par ailleurs fait émerger, autour de Françoise Morvan, Pierre Hillard et d’autres, un ultra nationalisme français républicain aujourd’hui incarné par Mélenchon ou Le Pen, qui voit dans l’Europe le cheval de Troie des régions destiné à détruire l’unité des État nations comme la France. Le chantage européen contre l’indépendance de l’Écosse survenu au moment du référendum, et la carte blanche que l’Europe a accordée à l’Espagne pour réprimer le référendum catalan et son légitime droit à l’indépendance ont d’ailleurs tout à fait confirmé ce genre de craintes.

5 octobre 2002 : Le projet Menhirland de Carnac attire une animosité grandissante des populations locales, ce projet comptait investir 15 millions d’euros pour aménager le site des alignements de Carnac avec de nouveaux parkings, cafétéria et autres outils de dépense massive d’argent. Le collectif Holl a-gevred qui lutte contre le projet doit être reçu par la mairie. Néanmoins, le comité d’accueil est représenté par des gendarmes en tenue anti-émeute, le maire ayant expliqué qu’une cérémonie de mariage empêchait finalement l’organisation de la rencontre. Les gendarmes chargent violemment à deux reprises, trois personnes sont transportées aux urgences. Le drapeau français du fronton de la mairie disparaît dans la bagarre. Au final, la rencontre n’aura jamais lieu mais le projet sera abandonné un an plus tard.

1er octobre 1999 : Alain Sollé, militant Emgann de Fougères, est arrêté au petit matin par les services anti-terroristes. Le 5 octobre Bertrand Grimault, un collaborateur du journal Breizh Info (un journal breton de gauche disparu depuis), est arrêté à son tour. Avant eux, Denez Riou, Charlie Grall, Richard Lefaucheux, avaient été incarcérés. Ils sont tous militants, membres ou sympathisants d’Emgann. Ces arrestations font suite au vol de huit tonnes d’explosifs le 28 septembre à Plévin par un commando ETA-ARB.

20 octobre 1996 : Une première manifestation réunit trois milles personnes dans le petit bourg du Carnet (44) contre le tout nouveau projet de centrale nucléaire. Le choix du Carnet fait suite à la déroute des services de l’État dans la tentative d’imposition d’une centrale nucléaire dans les années 1970 au Pellerin, en Loire Atlantique également. Néanmoins, la contestation écologiste et anti-nucléaire en Loire Atlantique ne baisse pas en intensité, de nombreuses manifestations et actions vont venir faire capoter le projet dès l’automne 1997. Le PS qui redécouvre le fait d’être dans l’opposition tente d’ailleurs de s’intégrer dans le mouvement de contestation, mais sans grand succès, le tract d’Emgann diffusé dans la manifestation rappelle d’ailleurs bien l’état du débat : « nous refusons de nous associer au Parti Socialiste français qui ose signer des appels à manifester après avoir, pendant 14 ans de pouvoir, défendu le lobby nucléaire partout où il le pouvait dans l’hexagone (…) ou en Polynésie (..). Comme à Plogoff, luttons et organisons la résistance contre l’ordre nucléaire. »

31 octobre 1989 : Le Comité de Soutien de Guingamp aux prisonniers politiques bretons organise une action de blocage en barrant la quatre voies RN12. Le comité est mobilisé pour la libération de Gilbert Cabon, incarcéré pour des activités avec l’ARB. Lors de son procès il avait demandé à pouvoir s’exprimer en breton mais le juge a refusé la nomination d’un interprète. Il arguait en effet qu’il n’y avait pas d’interprètes assermentés en breton, ce qui a conduit spontanément 60 diplômés de breton des universités de Brest et de Rennes à proposer leur service pour réaliser la traduction. Les comités de soutien réussissent également à rassembler plus de 250 signatures d’élus breton pour le droit de s’exprimer en langue bretonne devant le tribunal. Malgré leurs efforts, Gilbert Cabon n’aura pas le droit à la fierté et à la liberté de parler publiquement sa langue à son procès avant de retourner dans les prisons françaises.

15 octobre 1983 : Un attentat à l’explosif produit des dégâts matériels importants à la cité judiciaire de Rennes. Le communiqué de revendication de l’ARB termine par ces mots : « Le FLB-Armée Révolutionnaire Bretonne demeure et demeurera l’expression permanente de la revendication Bretonne tant que les droits nationaux du peuple Breton ne seront pas acquis ! Femmes et Hommes de Bretagne, rejoignez-nous pour construire la Bretagne indépendante et socialiste de demain… Bevet Breizh dieub ha sokialour ! »

12 octobre 1930 : Le Parti autonomiste breton présente le deuxième candidat à des élections de son histoire. C’est Ronan Arnot, un ouvrier mécanicien de Rennes qui est choisit pour représenter le parti. Comme la précédente candidature de Goulven Mazéas la même année, le résultat est un échec cuisant. Ronan Arnot ne réunit que 81 voix sur les 16 084 exprimées. La double déroute électorale de 1930 va précipiter et radicaliser des débats internes sur les stratégies et idéologies à porter dans le combat breton, ces tensions vont aboutir à la scission et disparition du parti en 1931.

29 octobre 1911 : La place de la mairie de Rennes accueille l’inauguration de la statue commémorant « l’union » de la France et de la Bretagne. Camille Le Mercier d’Erm, chef de file du mouvement séparatiste, et plusieurs militants nationalistes bretons n’hésitent pas à perturber les discours par des sifflets et diverses protestations. Au milieu des sifflets on entend des slogans comme: « Bretagne libre » ou « La Bretagne debout », en référence à la statue et qui représente Anne de Bretagne agenouillée devant le roi de France. La police vient mettre fin à l’action et Le Mercier d’Erm termine au poste. Il est finalement condamné à une amende de deux francs symboliques pour trouble à l’ordre public. La statue quant à elle ne vivra que jusqu’en août 1932, anniversaire des 400 ans d’annexion de la Bretagne, date à laquelle le premier attentat breton vint la réduire en cendre. L’alcôve qui accueillait la statue au centre de la marie de Rennes est depuis restée vide.

Ephéméride des luttes bretonnes Septembre / Miz Gwengolo

Miz Gwengolo

24 septembre 2016 : Dans la traditionnelle manifestation pour la réunification de la Bretagne organisée à Nantes par Bretagne Réunie, des groupes de l’extrême droite française et bretonne défilent sous la banderole de « Yaouankiz Breizh », collectif fasciste breton nouveau né pour l’occasion – et mort-né après cette action. Des slogans fascistes comme « Jeunesse bretonne anti-racaille », « vous ne nous remplacerez pas » se font entendre pour la première fois de l’histoire des manifestations pour la réunification. L’évènement produit un véritable scandale, beaucoup de manifestant.e.s sont choqués par ces slogans, des groupes de gauche refusent de défiler aux cotés de l’extrême droite. La presse française ne parle que de la présence des fascistes, ce qui efface clairement le message de la réunification bretonne pour ne retenir qu’une image d’affrontements internes aux groupes bretons.

30 septembre 2017 : Pour contrer Yaouankiz Breizh qui appelle à nouveau à participer à la manifestation pour la réunification, la gauche indépendantiste promet un cortège anticapitaliste et antifasciste. Leur appel est rejoint par différentes composantes des milieux de gauche révolutionnaire de Bretagne. Plutôt que de se désolidariser de l’extrême droite, les organisateurs prennent peur et annulent la manifestation par crainte d’affrontements entre fascistes et antifascistes. Au final, ce sera le cortège anticapitaliste qui défilera seul dans les rues de Nantes sous forte escorte policière. Dans la foulée, une Coordination démocratique bretonne prend le contre-pied de Bretagne Réunie pour organiser la manifestation de 2018 sur des bases politiques claires : l’extrême droite n’est pas la bienvenue et seule la lutte populaire permettra de gagner la réunification.

Septembre 1987 : Une marche en soutien au FLNKS et à la lutte pour l’indépendance de la Kanaky est organisée par Emgann. Au départ de Carhaix, la marche passe par Chateaulin et se termine face à la préfecture à Quimper. Le préfet avait donné comme consigne à la police de ne pas laisser de drapeau kanak se faire prendre en photo devant la préfecture, mais les militant.e.s sur place ne se gênent pas pour installer banderoles et drapeaux devant le bâtiment. Les policiers tentent de les en empêcher mais après une petite bousculade, ils font finalement demi-tour et la photo de famille est bien immortalisée.

17 septembre 1979 : Plusieurs dizaines de Bretons passent en procès devant la CSE – Cours de Sûreté de l’État, cours civile et militaire créée pendant la guerre d’Algérie pour réprimer les actions politiques armées contre l’État français, FLN, puis OAS, FLNC, FLB, etc. Ces procès interviennent dans le cadre de multiples rafles dans les milieux culturels et politiques bretons qui permettent à la police de resserrer l’étau sur les groupes clandestins. De 1978 à 1981 de nombreux procès et condamnations lourdes viennent alimenter l’actualité bretonne. On décompte au moins une cinquantaine d’emprisonnés, d’autres sont encore en attente de procès quand l’élection de Mitterrand intervient en 1981. Cette dernière s’accompagne d’une amnistie massive des militant.e.s politiques, toutes les condamnations sautent à l’exception des actes qui ont fait coulé le sang.

30 septembre 1976 : Un nouvel attentat se produit à Chateaulin (29) en opposition au projet de construction du camp militaire de Ti Voujeret. Par malchance, cet attentat ne se déroule pas comme les autres et un des membres du commando, Yann Kel Kernaléguen, meurt en déposant sa bombe. Il était âgé de 22 ans. Un des membres du commando qui était depuis peu en activité avec le Front, a témoigné a posteriori sur cette nuit qui fit revenir les martyrs dans la lutte bretonne : « Notre travail avançait bien. Nous étions prêts à mettre les charges sur les engins quand tout à coup une violente explosion, pas très éloignée, déchira le silence de la nuit. Dans un même temps, on entendit un cri horrible. Puis le silence à nouveau recouvrit le champ. De quoi donner la chair de poule aux plus courageux. (…) Au fond de moi même, sans en avoir la preuve, j’étais d’ores et déjà persuadé que Fanch [nom de code de Yann Kel] avait été victime de sa propre bombe. Le cri entendu après l’explosion, sans que je puisse l’attribuer avec certitude à notre ami, ne laissait planer pour moi aucun doute. Une charge comme celle que transportait Fanch ne peut exploser que si on manipule le système de mise à feu et notamment la minuterie. Que s’était-il donc passé? »

Septembre 1927 : Le Parti autonomiste breton tient son premier congrès à Rosporden . L’ancienne structure militante liée à Breiz Atao, l’Unvaniez Yaouankiz Breiz – groupe nationaliste breton – disparaît alors officiellement. C’est la première fois que les petits groupes militants qui ont doucement grandi autour de Breiz Atao pendant les années 1920 tentent de créer un véritable parti politique. Dans cette optique ils brassent le plus large possible en cherchant à sortir politiquement et intellectuellement de leur cercle nationaliste originel. On verra à cette occasion des hommes de gauche comme Maurice Duhamel faire leur apparition auprès des jeunes de Breiz Atao, Morvan Marchal fera lui son retour et dessine pour l’occasion le Gwenn ha Du comme emblème du parti. C’est aussi à cette époque que Morvan Lebesque, l’auteur du célèbre « Comment peut on être breton? », rentre dans la lutte bretonne. Des groupes féminins et des groupes ouvriers vont aussi voir le jour. Si l’expérience fut politiquement riche, elle se termine brusquement en 1931 après des défaites électorales et l’explosion de tensions idéologiques internes trop puissantes pour maintenir une unité, même de façade.

2 septembre 1675 : Le leader de la révolte des Bonnets Rouges, Sébastien Le Balp, est assassiné à Poullaouen (29) par Claude de Montgaillard. Son cadavre sera ensuite exhumé pour être jugé, battu, exposé en public. D’autres leaders de la révolte seront aussi torturés et exécutés. Ce roturier qui était l’incarnation d’une révolte paysanne massive contre les nobles et le roi avait déjà rassemblé autour de lui plusieurs dizaines de milliers de volontaires. Au moment de son exécution il était justement en train de rassembler toutes les troupes possibles pour faire face aux forces de répressions qui étaient en route pour la Bretagne. L’insurrection générale du pays breton était prévue pour le 3 septembre, lendemain du coup de poignard final de de Montgaillard.

Non au projet d’hôtel de luxe à St Malo !

Vidéo de l’action St Malo dimanche 19/08: non au bétonnage de la côte, non au projet d’hôtel 5* Raulic !

Le tout-tourisme et la spéculation immobilière vont bon train sur les côtes bretonnes créant ainsi une mono-activité saisonnière et la mort des villes et villages littoraux. Dimanche 22 juillet non dénoncions le taux ahurissant de résidences secondaires  en plantant des croix sur la plage de Carnac. La spéculation immobilière étant la conséquence du nombre important de seconds logements, le tout-tourisme en est la cause. Une autre conséquence de cette mono-activité est le bétonnage des côtes pour créer des infrastructures dédiées aux seuls touristes ! Dans un contexte où le gouvernement songe à modifier la loi littoral pour laisser place à un développement capitaliste plus important et non respectueux de l’environnement, il est important de se mobiliser ! C’est ce que nous avons fais dimanche 19 août.

A Saint Malo un projet complètement hallucinant est en cours entre la Mairie et la société Raulic. L’objectif ? Construire un hôtel SPA 5* en bord de mer en lieu et place d’un ancien camping municipal ! On parle donc d’un terrain public vendu à une société privée qui va y déverser des milliers de tonnes de béton directement en bord de mer pour y faire des profits. Cerise sur le gâteau, le terrain est vendu à la moitié du prix du marché… Bref, tout bénef ! C’est inacceptable !

Ce projet est en tous points scandaleux. Du conflit d’intérêts entre le Maire qui a bénéficié de l’aide du groupe Raulic durant sa campagne jusqu’au fait de chasser les classes populaires fréquentant les campings municipaux du bord de mer pour y privilégier les classes les plus aisées. On bétonne, on gentrifie, et on conforte le tout tourisme avec l’argent publique.

La seule façon de faire reculer ce type de projet est la mobilisation. Nous avons donc érigé une barricade devant l’ancien camping et déployé des banderoles sur la falaise pour protester contre le projet. Nous déclarons le site des Nielles Zone à Défendre ! Nous continuerons à nous mobiliser contre ce projet au côté des malouin.e.s et de l’association historique opposée au projet (Autour des Nielles).

Affaire à suivre !

Que la Bretagne entière devienne une Zone A Défendre !

Ephéméride des luttes bretonnes / Août

Miz Eost

Août 2001, 150 personnes manifestent à Lorient pendant le Festival Interceltique sous l’impulsion de la CARB (Coordination Anti Répressive de Bretagne) pour la libération des sept prisonniers politiques bretons encore incarcérés.

Août 1999, Festival Interceltique toujours. Le 14 août, Emgann organise une manifestation pour la langue bretonne durant le festival qui se déroule sans incident. Quatre jours auparavant, le stand de l’UDB avait été incendié par quatre hommes cagoulés en pleine soirée. N’y voyant que du feu, le Parti Socialiste a si tôt fait d’insinuer qu’Emgann est responsable de cette action. Au final, le 18 août, 6 militants du POBL (Parti pour l’Organisation d’une Bretagne Libre), parti indépendantiste de droite, sont mis en examen : quatre reconnaissent les faits, deux autres bénéficient d’un non lieu. Les militants du POBL mis en examen demandent donc le soutien de Skoazell Vreizh, qui refuse immédiatement en expliquant que l’association prend en charge la défense des actions de résistance à l’État français, et non pas de résistance à… l’UDB.

4 août 1984, Patrig Gardin, militant indépendantiste rennais de 23 ans, est grièvement blessé lors de la pose d’un engin explosif sur le transformateur EDF d’Arzon (56). EDF était alors la cible de nombreux attentats en Bretagne du fait de sa volonté de construire une centrale nucléaire au Carnet (44). Transféré à l’hôpital de Vannes alors qu’il est gravement brûlé, presque sourd et blessé aux yeux, la police vient tout naturellement l’interroger à la place des médecins. Le 8 août Patrig Gardin est inculpé, sa mère transmet donc au tribunal le nom de l’avocat qui doit le défendre, mais le juge refuse car il demande un courrier signé de la main de l’inculpé… qui ne peut pas écrire du fait de ses blessures. Au final le tribunal convoque un avocat commis d’office, en lieu et place de l’avocat mandaté par les réseaux de soutien anti-répressifs bretons. Et le dossier ne s’arrête pas là car dans la foulée de nouvelles arrestations se produisent dans les milieux de la gauche indépendantiste, à Quimper, Lannion et Plogonnec.

Août 1983, parution du N°0 de Emgann «Journal du mouvement de libération nationale du peuple breton pour le socialisme autogestionnaire ». En 1991 le nom du journal devient Combat Breton, alors qu’Emgann reste le nom du parti politique de la gauche indépendantiste. Le premier texte du journal explique « Nous sommes les seuls qui posons en Bretagne, clairement et sans détour, deux questions fondamentales et liées : la question sociale et la question nationale. Parce que le Socialisme n’existera pas en Bretagne sans la reconnaissance de l’existence du Peuple Breton, de ses droits légitimes à devenir adulte et à se doter des structures nationales qui lui permettront de s’autogérer. (…) Pour nous le Peuple Breton doit pouvoir se gérer lui-même au plus vite et à tous les niveaux sous peine d’être dirigé passivement par des gouvernants français qui, conduisent une politique contraire à ses intérêts, le menant à terme à sa disparition. »

Août 1975 : prise d’assaut à Aleria en Corse d’une cave viticole par des militants nationalistes, dont Edmond Simeoni, le père de l’actuel dirigeant nationaliste Gilles Simeoni. Gendarmes mobiles, CRS, hélicoptères et véhicules blindés sont envoyés pour réprimer cette prise d’armes. Après la retraite d’une partie du commando et la reddition d’une autre partie, des émeutes secouent la ville de Bastia, la cave viticole libérée finit par être incendiée par des militants nationalistes. Quelques mois plus tard, une « nuit bleue » marque la naissance du FLNC.

Août 1932, l’État français est en pleine célébration des « 400 ans d’union de la Bretagne et de la France », alors que les mouvements bretons se structurent et s’organisent bruyamment depuis plusieurs années. Sur la place de la marie de Rennes, la statue qui représentait l’union des deux pays est dynamitée dans la nuit du 7 août par le nouveau groupe clandestin Gwenn ha Du. Ce dernier innove par des pratiques de revendications modernes pour des actions de dynamitage, via un communiqué et une conférence de presse. Le lendemain de l’attentat, alors que le chef d’État français est à Vannes pour les célébrations officielles, une grande rafle vient conduire en garde à vue de plusieurs militants bretons. La contre manifestation vannetaise qui devait répondre aux cérémonies officielles n’aura finalement pas lieu, mais l’attentat de Rennes s’étale sur toutes les unes des journaux, volant la vedette aux banquets et autres défilés folkloriques organisés pour l’occasion à Vannes par le pouvoir.

Août 1928, le second congrès du Parti Autonomiste Breton se déroule à Chateaulin. Depuis quelques mois la génération de Breiz Atao avait fait évolué sa première structure UYV (Unvaniez Yaounakiz Vreiz) en un parti politique moderne. C’est la première fois que le terme d’autonomiste est utilisé pour qualifier une structure militante bretonne. L’apparition de ce concept est à la fois liée aux mobilisations autonomistes alsaciennes qui ont beaucoup fait parler d’elles dans les années 1920, et à la tentative de convergence entre tous les éléments non régionalistes des mouvements bretons, nationalistes, fédéralistes, de gauche et de droite, mais tous partisans d’une action revendiquant l’existence d’une nation bretonne et de son droit à l’autonomie. La déclaration de Chateaulin qui émane de ce congrès se termine sur ces mots « A la France de dire si elle est disposée à donner satisfaction à nos aspirations légitimes, ou si elle fait litière des principes de liberté qu’elle-même a contribué à répandre dans le monde. A la France de dire si nous avons raison en faisant confiance à ses forces de renouvellement, ou si nous ne pouvons demeurer Bretons qu’en cessant d’être citoyen français. ». Trois ans plus tard le parti explose du fait de ses divisions internes et de la volonté d’une partie de ses membres de radicaliser leurs idées et leurs actions. Dans la plus jeune génération militante particulièrement, beaucoup se mettent alors à considérer qu’en effet, ils « ne peuvent demeurer Bretons qu’en cessant d’être citoyen français. »

7 août 1532, à Vannes est signée par les États de Bretagne sous pression politique et militaire l’annexion officielle de la Bretagne à la France. Près des remparts de Vannes, une plaque commémorative bilingue breton-français rappel l’évènement mais la traduction bretonne prend un sens quelque peu différent du message en français. Pour la version en français: « Le 7 août 1532 fut signé à Vannes le traité d’union du duché de Bretagne au royaume de France ». « D’ar 7 a viz eost 1532 e oa sinet e Gwened an emglev a lakaas fin da frankiz vreizh. » Traduction : le 7 août 1532 fut signé à Vannes l’accord qui mit fin à la liberté bretonne

Action à Carnac / Oberenn Dispac’h e Karnag

Nous nous sommes rendu à Carnac, dimanche 22 juillet, pour dénoncer la spéculation immobilière sur le littoral breton dont les résidences secondaires et la mono-activité touristique sont la cause principale.

Aujourd’hui les jeunes, les travailleuses et travailleurs, les personnes les plus précaires, ne peuvent accéder facilement aux logements sur la côte du fait de cette spéculation.

Après avoir collé des centaines d’affiches sur les volets fermés au cours du printemps, ils se sont maintenant ouverts et nous amenons notre revendication une fois de plus sur le terrain.

Nous avons planté 80 croix sur la grande plage de Carnac symbolisant ainsi la mort des communes littorales durant la basse saison. Nous avons pu échanger avec des propriétaires de résidences secondaires ou tout simplement des touristes qui dans l’ensemble comprenaient nos revendications. L’accueil a été bon !

Pour rappel, 14% des logements bretons sont des habitats secondaires. A Carnac ce pourcentage monte à 73% avec plus de 6 000 logements vides les trois quarts de l’année ! Le choix du lieu de l’action n’est donc pas anodin. Le maire de Carnac s’était aussi exprimé sur le taux hautement indécent de résidences secondaires dans sa commune. Avouant que cette problématique lui revenait souvent aux oreilles de la part de ses administré.e.s. Visiblement celui-ci tend la sourde oreille aux quelques rares habitant.e.s permanents de sa commune… puisque rien n’est fait pour inverser la situation !

C’est pour cela que nous étions à Carnac dimanche, c’est pour alerter que partout en Bretagne, des Moutiers en Retz jusqu’à Ouessant, le tout tourisme et la spéculation qui en découle ne permettent pas un développement harmonieux et durable du territoire. Que la jeunesse ne veut plus se faire exclure du littoral à la basse saison et servir uniquement de main d’oeuvre à bas coup et docile car précaire !

Breizh n’eo ket da werzhañ !
La Bretagne n’est pas à vendre !

Éphéméride des luttes bretonnes / Juillet

Miz gouere

25 juillet 1983 la station RBO – actuellement Radio Breizh Izel- est envahie par des militant.e.s d’Emgann pour réclamer la création d’une radio bretonne autonome sur les cinq départements bretons. Lancé un an plus tôt, le mouvement Emgann avait été créé par des militant.e.s des groupes anti-répressifs bretons soutenant les inculpés du FLB, d’anciens prisonniers politiques ou militant.e.s des groupes clandestins bretons. La naissance de ce mouvement, et la longévité qui va suivre, marque la naissance d’une gauche révolutionnaire bretonne indépendantiste structurée sur la durée. Avant cela, le phénomène particulier de la lutte clandestine avait déjà largement contribué à former le cadre politique et intellectuel de ce mouvement. Signe d’une continuité, le slogan de l’Armée Révolutionnaire Bretonne a été repris par Emgann puis par les groupes de gauche indépendantiste qui lui ont succédé : Bevet Breizh Dieub ha Sokialour.

25 juillet 1976, pendant les fêtes de Cornouaille à Quimper, un attentat du FLB détruit en plein jour l’immeuble en construction de la Banque Nationale de Paris. Quelques années plus tard, l’auteur de l’attentat commente l’évènement dans le livre « Bretagne 79, des années de poudre » sous le pseudonyme de Marie Pierre Bonnet. « Cet attentat, aux yeux de milliers de personnes, au nez et à la barbe de la police, reste encore dans bien des mémoires. Le moment, la maîtrise technique et un culot certain démontrent qu’en Bretagne des hommes osent se donner les moyens de contester l’ordre établi. Ils ne peuvent se satisfaire d’un folklore, aussi riche soit-il, à destination unique des touristes. Pour eux, la langue, la culture, l’identité collective n’ont de sens que si elles contribuent à sceller harmonieusement les pierres angulaires d’une nation en lutte vers son indépendance. »

14 juillet 1975, pour célébrer la « fête nationale », le FLB dynamite la statue à l’entrée du camp de l’école militaire Saint Cyr Coetquidan en forêt de Brocéliande.

29-30 juillet 1970, des commandos paysans passent à l’action directe contre les « cumulards » dans la région de Saint Dolay (Morbihan) en fauchant les champs de maïs de grands propriétaires qui spéculent sur les terres agricoles. L’action est revendiquée au nom des ‘Coupeurs’, et ces derniers affirment « Tu as le fric, tu as la loi, tu as ton fusil… La police va courir après les coupeurs de maïs et les condamner si elle peut. (…) Mais nous avons la fermeté de la vraie justice, aussi les meilleurs choses ont une fin. (..) Ainsi demain, la vallée de la Vilaine et la Bretagne ne seront pas le paradis des P.D.G. en vacances, admirant les quelques paysans parqués ayant chapeau bas et tête baissée devant les nouveaux seigneurs. »
La chanson « Paysans en lutte debout » rend hommage à ces actions :

14 juillet 1929, dans le journal Breiz Atao du Parti autonomiste breton, Meavenn continue de concevoir et d’organiser un mouvement féministe breton, ses idées placent les femmes au premier plan de la libération bretonne et appellent à leur auto-organisation en tant que femmes. « Les Merc’hed Breiz sont venues nombreuses au congrès de Châteaulin et, de là-bas, elles sont reparties sans aucun doute plus ardentes à la lutte. Mais rien n’y fut fait par elles et pour elles seules, car, en ce temps-là, le Groupe féminin existait…sur le papier. (…) Cela ne pouvait durer. C’était nous condamner d’avance, car ne pas grandir, c’est mourir, et, encore une fois, il faut que la femme bretonne sauve la Bretagne. »

7 juillet 1929, le journal Breiz Atao termine son édition par des témoignages de Bretons victimes de « gaz asphyxiant » pendant la guerre de 14-18. Entre autres mises en causes, les fameux gaz lacrymogènes que nous connaissons bien. Utilisés à quelques reprise avant la guerre, c’est surtout au front à partir de 1914 que leur emploi se répand. Après controverse entre les pays belligérants sur les armes chimiques, les grenades lacrymogènes sont depuis longtemps interdites par des conventions internationales lors des conflits armés. Interdites contre des militaires, les grenades lacrymogènes sont néanmoins massivement utilisées en France contre des civils pour le maintien de l’ordre. Nantes, Rennes, Notre Dame des Landes, les populations bretonnes sont d’ailleurs aujourd’hui une cible d’écoulement privilégiée de ces armes chimiques.

Juillet 1914 : publication du 19ème et dernier numéro de Brug, le journal anarchiste en langue bretonne créé par Emile Masson. Lancé en janvier 1913, la déclaration de guerre qui précipite l’Europe dans la Première guerre mondiale vient mettre fin à l’initiative. Certains contributeurs du journal sont en fuite à l’étranger et désertent la mobilisation générale comme Louis N. Le Roux, d’autres comme Jo Le Bras, instituteur socialiste breton, meurent sur le front dans les années qui suivent. Masson lui dédit un ouvrage dans lequel on peut lire « ‘Evit Breiz’ disait-il sans cesse : pour la Bretagne, et c’est pour la Bretagne qu’il a donné sa vie, tout en rêvant de soulager la misère et l’ignorance des siens ; de retourner parmi eux enseigner les choses nécessaires : l’union qui fait la force, la coopération, l’entraide des travailleurs, afin qu’ils sachent désormais faire leur vie plus douce et plus belle, et qu’ils rendent à leur langue antique et magnifique son antique et magnifique prestige ».

Juillet 1912, dans la foulée du premier manifeste indépendantiste breton, le nouveau Parti nationaliste breton lance son journal Breiz Dishual, Bretagne libre. Sur la première page on peut lire une charge contre le régionalisme désuet et pour le passage à l’action bretonne indépendante de la France et de ses serviteurs : « Malgré le dévouement et l’activité de ses militants, le mouvement breton qui, sous l’étiquette régionaliste, travaille depuis bientôt quinze ans à l’instauration d’un nouvel état de choses, moins oppressif pour notre pays ; ce mouvement semble n’avoir obtenu dans l’ensemble que de très médiocres résultats. Quand on compare l’action des régionalistes bretons à celle des nationalistes irlandais, quand on considère le succès qui couronne les efforts de ceux-ci et l’avortement qui paraît menacer les entreprises de ceux-là, on est obligé de reconnaître que la meilleure méthode n’est point du côté des Bretons. »