Éphéméride des luttes bretonnes – Avril

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9 avril 2018 : Après l’abandon du projet d’aéroport, des milliers de gendarmes débarquent sur la ZAD pour tenter de réduire à néant cette zone bretonne délivrée de l’autorité de l’État français et de ses forces d’occupation. Après une première journée d’affrontement difficile pour les zadistes, les appels à converger sur place résonnent au-delà des frontières. Dès le second jour de combats, les forces de l’ordre font face à une résistance bien supérieure aux anticipations de l’État. Les barricades se relèvent sans cesse, toutes les générations viennent participer à la défense du bocage, des charges de blindés sont repoussées par des usages massifs de cocktails Molotov. Après plusieurs semaines d’affrontement, l’opération policière doit s’arrêter sans avoir réussi à faire disparaître la ZAD.

19 avril 2000 : Une bombe explose au McDonald de Quévert, elle emporte avec elle la vie de Laurence Turbec, une jeune bretonne de 27 ans. Malgré l’absence de revendication, les médias accusent immédiatement l’ARB de la responsabilité de l’attentat car l’explosif utilisé vient de l’entreprise Titanite, cambriolée en septembre 1999 par ETA et l’ARB. Sept tonnes d’explosifs avaient alors disparues dans la nature. Arrestations, GAV, prisons préventives allant jusqu’à quatre ans derrière les barreaux sans procès font suite à l’attentat. Au final, l’ensemble des inculpés sont innocentés, notamment car le dispositif de mise à feu de l’explosif ne correspond absolument pas au matériel utilisé par l’ARB, qui a d’ailleurs nié son implication. Cet épisode vient néanmoins mettre fin aux activités de ce groupe qui avait ravivé les actions de propagande armée en Bretagne dans les années 1990.

Avril 1986 : Emgann commente dans son journal l’énième déroute électorale subie par les formations institutionnelles bretonnes de droite et de gauche, POBL et UDB, lors des élections législatives de mars. La critique y invite à se déconnecter des partis français et de la logique électorale pour construire un mouvement d’émancipation autonome en Bretagne : « les mouvements politiques bretons représentés n’ont pas été capables d’assurer réellement un travail politique suffisant hors élection et de créer un véritable courant politique indépendant des forces politiques françaises. Ceci explique la facilité qu’a eue le PSF [parti socialiste français], en particulier, à récupérer des grands thèmes développés par certains partis bretons depuis des années. Ceci explique aussi le terrain propice que constitue la Bretagne pour le « vote utile ». Ceci nous démontre aussi que pour développer un véritable courant politique breton progressiste doté d’une réelle force électorale, il est indispensable de se démarquer fortement de toutes les composantes politiques françaises en axant nos objectifs et notre travail sur la libération nationale et sociale devant permettre la création d’une Bretagne libre et socialiste ».

24 avril 1982: Action du SPV et de l’UDB lors de la venue du prince Philip d’Edimbourg à Saint-Nazaire pour célébrer l’opération chariot de mars 1942. Une banderole est déployée contre l’impérialisme britannique et en soutien aux luttes des prisonniers politiques irlandais. Un an auparavant, le plus célèbre des grévistes de la faim incarcéré en Irlande, Bobby Sands, avait trouvé la mort dans la prison de Maze en Irlande du Nord, après une grève de 66 jours. Son portait est brandi face au prince, la police intervient pour arracher de force l’image au visage souriant du militant irlandais et disperser le comité d’accueil breton.

12 avril 1972 : Un attentat à Rothéneuf près de Saint Malo fait beaucoup de bruit dans la presse française et internationale: la villa de Francis Bouygues, super patron de la grande boite du même nom, vient d’être détruire par explosif. En cette époque où les bombes du FLB font sans cesse l’actualité en Bretagne, tous les esprits et les paroles officielles placent les groupes clandestins bretons comme responsables de cette action. Bien des années plus tard néanmoins, la police politique française reconnaît sa responsabilité dans cette action, d’ailleurs concertée avec le propriétaire de la villa lui-même. Le 14 février 1999 dans Le Télégramme, un ancien chef de la DST de Rennes et ex-patron du contre-espionnage en Algérie, le commissaire divisionnaire Jean Baklouti, reconnaît : “Oui, Saint-Malo, c’est nous, ça, c’est vrai”. Le but de l’opération était simple, infiltrer les réseaux clandestins bretons via de faux attentats.

6 avril 1972 : À Saint-Brieuc, les ouvriers du Joint français, une fabrique de joints pour l’automobile et l’aéronautique, mènent depuis le 13 mars une grève sans concessions pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Une solidarité bretonne et inter-classes populaires donnent une force considérable au mouvement. Des films de soutien se diffusent partout en Bretagne pour alimenter une caisse de grève, le monde paysan se mobilise pour apporter de la nourriture aux grévistes, les manifestations à Saint-Brieuc rassemblent des milliers de personnes. Face à l’intransigeance de la direction, les ouvriers décident de retenir en otage les trois directeurs de l’entreprise qui tentent de négocier la fin de la révolte à moindre prix. Les forces de l’ordre interviennent pour libérer les patrons. Des troupes de maintien de l’ordre du secteurs arrivent en première ligne, deux amis d’enfance s’y retrouvent face à face : Guy Burniaux, ouvrier, et Jean-Yvon Antignac, CRS. La photo de l’explication musclée entre les anciens amis fait le tour de la presse, elle devient le symbole de la révolte des classes populaires bretonnes de cette période.

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Éphéméride des luttes bretonnes – Mars

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15 mars 2002 : Un clash fait couler de l’encre lors des Nuits Celtiques au Stade de France. Bien que ce genre d’évènement soit absolument dépolitisé et fasse plus office de machine à fric qu’outil de lutte, quelques artistes profitent de l’occasion pour monter au créneau contre le gouvernement. Pas sur scène néanmoins, mais dans les coulisses, où des ministres tentent de venir se mélanger aux artistes. Marylise Lebranchu (justice), Jack Lang (éducation) et Catherine Tasca (culture), partent en immersion sous l’égide de Jean Yves Le Drian. Heureusement quelques réflexes subsistent malgré l’ambiance commerciale du Stade de France, Gilles Servat et Dan ar Braz réagissent en envoyant les ministres dans les cordes et en refusant de les recevoir. Motif : la question des prisonniers politiques bretons incarcérés sans procès et le statut des écoles Diwan.

Mars 1995 : Une série d’actions survient en Bretagne dans le cadre du mouvement des chômeurs, une dynamique de lutte nouvelle qui tente de faire le lien entre groupes organisés et personnes isolées. À Quimper, les locaux d’EDF sont envahis et occupés pour protester contre les coupures de courant qui touchent les plus pauvres. L’action est faite par différentes associations et collectifs de chomeurs.euses ainsi que par la CGT d’EDF-GDF. Dans la foulée, le collectif « Bécassine au chômage » bloque les serrures d’une cinquantaine d’agences ANPE – ancien Pole Emploi – en Bretagne (Rennes, Morlaix, Lorient, Nantes, Pontivy, Vannes, Lanester…). Le communiqué du collectif explique « Nous faisons ainsi payer symboliquement les esclavagistes et spéculateurs de tous poils, qui profitent du désarroi social du peuple breton avec la complicité de l’État français. On a toujours raison de se révolter. »

21-22 mars 1987 : 5 000 personnes se rassemblent à Carhaix pour un weekend politique en faveur de la langue bretonne, organisé par Stourm Ar Brezhoneg et Emgann. Le samedi une manifestation fait résonner les « brezhoneg yezh ofisiel » dans les rues de Carhaix. Le soir et le dimanche un grand fest noz voit défiler sur scène des noms bien connus du monde culturel breton, venus clairement pour défendre la revendication linguistique bretonne, Y. F. Kemener, G. Servat, Glenmor, Strollad ar Vro Bagan, E.V., etc.

6 mars 1980 : À Quimper, dans le cadre de la mobilisation de Plogoff contre le projet de centrale nucléaire, neuf personnes passent en procès à cause de leur participation à la manifestation du 29 févier. Il y a du monde et beaucoup d’énergie devant le tribunal, la révolte se fait entendre aussi fortement que dans le bourg de la pointe du Raz. Les CRS finissent par charger le rassemblement et les matraques s’élèvent à l’intérieur comme à l’extérieur du tribunal. Le procès est finalement reporté au 17 mars faute de calme. À cette nouvelle date néanmoins, les mêmes causes entraînent les mêmes effets, des affrontement violents éclatent près du tribunal avec au final des blessés et un usage massif de lacrymogène. La violence de la répression policière marque profondément les esprits, elle est dorénavant partout dans cette lutte, dans le village de Plogoff lui même comme dans les actions de soutien comme à Quimper.

6 mars 1979 : Une vaste « Nuit Bleue » est organisée par le FLB-ARB contre l’industrie nucléaire et la répression policière. Ces actions s’inscrivent dans le cadre des luttes populaires de Plogoff et du Pellerin contre des projets de centrales nucléaires. À Paris, une violente explosion a lieu dans la nuit dans une agence EDF. À Brest, une attaque à l’explosif endommage le siège d’EDF et la gendarmerie. À Guingamp, un local EDF saute également. À Lannion, une charge est désamorcée à un local EDF. À Saint Brieuc un paquet explosif détruit la porte de l’immeuble où se cachent les renseignements généraux. À la suite de trop nombreux attentats dans cette rue, le voisinage lance d’ailleurs une pétition pour réclamer le départ des RG.

29 mars 1913 : Dans le journal anarchiste Les Temps nouveaux, le breton Émile Masson met fin à une polémique de plusieurs mois à propos de la langue et de la question bretonne. Après avoir demandé un soutien de la part du mouvement révolutionnaire français pour lancer une action anarchiste spécifiquement bretonne, de nombreuses critiques lui sont adressées pour expliquer que le breton est une langue de réactionnaires, que la question bretonne n’a pas lieu d’être dans le monde international. Voila un extrait des réponses de Masson : « En vérité, pour un peu vous m’accuseriez d’inventer la Bretagne, et la conscience nationale des Bretons ! Eh bien, à votre aise. Moi, sentinelle avancée, das ce pays-ci, mon devoir est de vous dire ce que je vois. Après ça, je m’en lave les mains. Or je vois que ce pays-ci constitue une nation distincte, qu’il est acquis d’avance précisément à ceux qui ont la sagesse de le reconnaître comme tel, et qui flattent et exploitent à leur profit sa conscience nationale : aux réactionnaires ! Je vois et je dis que c’est l’unique secret de leur toute-puissance ici ! Et je déclare une dernière fois aux camarades que, s’ils veulent, eux aussi, flatter et exploiter pour nos idées ce sentiment-là, en une génération, ils feront de ce refuge de la réaction l’avant-garde révolutionnaire, car les Bretons sont essentiellement libertaires, et ils tiennent par-dessus tout à leur indépendance morale et économique. Je vois et je déclare que, si ce pays est le refuge de la réaction, c’est la faute même des révolutionnaires, qui n’ont pas su le gagner à eux, et qui même font tout ce qu’ils peuvent pour anéantir en tant que peuple, un peuple essentiellement révolutionnaire, par le seul fait qu’ils lui refusent le droit de parler sa langue. »

Manifeste contre l’UE / Manifesto a-enep an UE

[en français plus bas]

Sinañ ha skignañ a reomp (gant strolladoù all) ar manifesto-se a-enep Unaniezh Europa. Lennit ha soñjit a-roak kemer perzh d’an dilennadegoù Europa e miz Mae.

Klik amañ evit mont war al lec’hienn internet e brezhoneg 

”EVIT SOUVERENIEZH AR POBLOÙ, NANN DA UNANIEZH EUROPA”

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Kensinet o deus un toullad aozadurioù sokial, sindikadel ha politikel ar manifesto-se, a-benn kas drezañ ur gemennadenn da holl labourer.ien/ez.ed. ar c’hevandir:

Nac’hañ a reomp ensavadur politikel, armerzhel, milourel ha sevenadurel Unaniezh Europa hag a voug ar pobloù ha renkad ar vicherourien , aozet eo evit difenn ar reizhiad kevalaour, impalaerelour ha tadelour evit gounid un nebeud tre a dud.

Emaomp e kreiz ur maread ma kresk ar faskouriezh, ar ouennelouriezh, hag estrengasouriezh, ur mare merket gant un dismegañs hag ur feulster a-enep ar maouezed pe ar c’horfoù maez ar reolad, er mare-mañ e prenner an harzoù, e vez distrujet ar gwirioù hiniennel ha stroll, emaomp ur c’houlzad a dalvez ez a war baouraat ar boblañs ha war zisteraat gwir al labour, ur maread fall evit an tirderioù hag al labour-douar lec’hel , ur maread a breizherezh danvezioù e-barzh hag e diavez da Unaniezh Europea, ur maread a servij evit prevesaat ha troc’hañ ar budjedoù sokial diwar urzh ar c’hevala, ur c’houlzad a redoù poblañs adalek diabarzh ha diavez Unaniezh Europa, ur maread a waskerezh evit a re a sav, a gan pe a skriv a-enep d’ar galloud-se, ur mare merket gant ar fed ma vez nac’het d’ar pobloù ar gwir d’en em dermeniñ, en ur mare m’az a war galetaat tagadennoù impalaerouriezh ar Stadoù-Unanet hag Aozadur ar Feur-emglev Norzh Atlantel.

Da lâret eo ur mare argad a-enep ar pobloù hag hollad renkad al labourerien. Gouzout a reomp n’eo ket ur blegenn ispisial hag a gemmo a-benn nebeud, ur gudenn hollek an hini eo liammet gant an ensavadur a-bezh : respont nerzhioù ha galloudoù Unaniezh Europa a-benn derc’hel da ziorren daspugnadur ar c’hevala. Ha kement-se daoust ma’z eo bet diskouezet deomp evel dremm ur raktres digor ha mousc’hoarzhus, ganet eo an Unaniezh evit difenn ha mirout interestoù pennoù bras Europa.

Setu perak e sonj deomp n’hall ket bezañ adreizhet hag azasaet an ensavadur diouzh c’hoantoù hag interestoù ar pobloù hag ar renkadoù pobl. Ensavadurioù nann demokratel eo an Troïka, Kengor Europa, Aozadur Feur-Emglev Norzh Atlantel, EUROPOL ha kement zo tout, un ostilh arvevadek ha dieffedus eo Parlamant Europa, e servij begennoù uhel ar c’hevala ha galloud an embregerezhioù liesvroadel. Kement politikerezh daizelat a dremeno dre ret dre zisaverezh Unaniezh Europa hag un ur sevel ur skouer politikel embarzhus a vije gouest da vont pelloc’h eget an egor douaroniel a vremañ , ha diazezet war ar c’hengred ha souvereniezh ar pobloù.

Europa, miz Du 2018

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Nous signons et diffusons (ainsi que d’autres groupes) ce manifeste contre l’Union Européenne. Lisez et pensez-y avant de prendre part aux élections européennes du mois de mai.

Clic ici pour aller sur le site

“POUR LA SOUVERAINETÉ DES PEUPLES, NON A L’UNION EUROPÉENNE”

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Plusieurs organisations sociales, syndicales et politiques en Europe souscrivons à ce manifeste dans lequel nous voulons nous adresser aux travailleurs et aux travailleuses de tout le continent:

Nous rejetons l’Union européenne en tant que structure politico-économique, militaire et culturelle de domination des peuples et de la classe ouvrière, qui vise à maintenir le système capitaliste, impérialiste et patriarcal au profit de quelques-uns.

Nous vivons une époque de fascisme croissant, de racisme et de xénophobie, de machisme et de violences continuelles contre les femmes et les corps dissidents, de fermeture des frontières et de violation des droits individuels et collectifs; un période d’appauvrissement de la population et de perte du droit du travail, un temps de destruction des territoires et de l’agriculture locale et de pillage des ressources tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Union européenne, un temps de privatisations et de coupures exigées par le capital, un temps d’exodes migratoires depuis l’intérieur et depuis l’extérieur de l’Union européenne, un temps de répression contre ceux qui se mobilisent, chantent ou écrivent contre le pouvoir établi, un temps de négation du droit à l’autodétermination des peuples, un temps d’intensification des agressions impérialistes de la part des États-Unis d’Amérique, de l’Union européenne et de l’OTAN… En définitive, un temps d’agression contre les peuples et l’ensemble de la classe ouvrière.

Mais nous savons clairement que ce n’est pas une situation conjoncturelle qui se rétablira avec le temps, mais une situation structurelle: la réponse des puissances de l’Union européenne pour continuer à développer et à perpétuer le système d’accumulation capitaliste. L’Union européenne est née précisément pour défendre et maintenir les intérêts des élites européennes, même si on voulait nous montrer un visage amical.

Par conséquent, nous affirmons qu’il n’est pas possible de réformer l’Union européenne afin qu’elle réponde aux intérêts des peuples et des classes populaires. La Troïka, la Commission européenne, l’OTAN, EUROPOL… sont des structures totalement antidémocratiques et le Parlement européen est un organisme inopérant et parasitaire au service des élites et des transnationales. Toute alternative à la démocratisation passera par la déconstruction de l’Union européenne et la construction d’un modèle d’intégration, qui, au-delà de l’espace géographique actuel, sera basé sur la solidarité et la souveraineté des peuples.

C’est pourquoi, les organisations qui signons ce manifeste appelons à un renforcer la solidarité internationaliste et à commencer ensemble à concevoir une alternative à l’Union européenne, au service des peuples et de la classe ouvrière.

Europe, novembre 2018

Éphéméride des luttes bretonnes – Février

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Février 2018 : La mort d’Olivier Le Clainche, alias Kendal Breizh, est rendue publique par les groupes combattants kurdes. Ce breton de 41 ans, indépendantiste, révolutionnaire et internationaliste, était depuis plus de six mois au Kurdistan, parti comme volontaire dans le Bataillon international pour mener le combat contre Daesh et défendre la révolution du Rojava. Après avoir participé au siège et à la victoire de Raqqa, une nouvelle menace d’invasion turque vient mettre en danger les territoires kurdes qui se débarrassent à peine de l’État islamique. Les combattant.e.s internationaux n’étaient pas invité.e.s à se rendre sur ce nouveau front, mais Olier se porte volontaire avec d’autres camarades. C’est dans la région d’Afrin qu’il trouve la mort, au cours d’un bombardement.

22 févier 2014 : Une grande manifestation s’empare de Nantes pour défendre la zad et contester le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. La foule qui prend la rue est massive, 20 000 personnes selon la préfecture, 50 000 selon les organisateurs. Le cortège anti-autoritaire, qui à l’époque était à l’arrière des manifestations, est bien vite devancé par une multitude de groupes offensifs. Malgré l’énormité du dispositif policier, la manifestation dure jusqu’au soir et les affrontements se poursuivent encore plus longuement. Avec comme précédent la victoire contre l’opération César, le mouvement des Bonnets Rouges et une autre émeute anti-Front national à Rennes, la Bretagne retrouve les humeurs révolutionnaires qu’elle déjà pu connaître par le passé. Malgré la présence du terrain de conflit sur un département officiellement non-breton, Notre-Dame-des-Landes commence à prendre dans les imaginaires collectifs un air de Plogoff. Et comme à cette époque, des figures du monde culturel breton comme Hamon Martin ou Gilles Servat ont redonné de la voix aux luttes populaires, signe d’une époque qui s’agite à nouveau.

5 février 2000 : Nantes à nouveau, 30 000 personnes prennent la rue en réaction à la marée noire causée par l’Erika. De nombreuses tendances politiques de gauche participent à la manifestation, dont un cortège indépendantiste et révolutionnaire composé de militant.e.s d’Emgann, de la CARB (Coordination anti-répressive de Bretagne), de la Skalp (antifasciste) et de l’OCL (communiste libertaire). Le cortège se fait remarquer en accrochant une banderole « Desmaret [pdg de Total] en prison, les prisonniers politiques bretons à la maison », la foule reprend le slogan. Dans le même temps, des tracts sont distribués pour une manifestation en faveur des prisonniers politiques à venir à Rennes, et le soir un concert vient clôturer la journée en collectant des fonds pour Skoazell Vreizh.

Février 1982 : Hervé Kerrain et Bernard Corbel publient une lettre dans Douar Breiz, le journal du SPV (Strollad Pobl Vreizh) et du MIB (Mouvement d’Insoumission Bretonne). Ils ont été incarcérés pour avoir refusé de faire le service militaire auquel ils avaient été appelés. Une deuxième convocation d’ailleurs, car à la première tentative ils étaient partis en Irlande. Quatre ans plus tard, et après une condamnation pour insoumission amnistiée à la suite de l’élection de 1981, ils reviennent en Bretagne. Ils sont de nouveaux appelés et ils se rendent cette fois à la convocation, déclarant refuser le service et préférant passer du temps en prison plutôt que sous l’uniforme français. Dans Douar Breiz, ils en appellent à la généralisation de l’insoumission et au soutien du mouvement antimilitariste, du monde politique progressiste et du mouvement breton. Le texte est sans ambiguïté : « En refusant de porter l’uniforme français, nous marquons ainsi notre refus de servir les oppresseurs du Peuple Breton : l’État français et ses valets. Servir l’état français c’est se condamner soi-même à maintenir la servitude de notre peuple. » Ce geste leur vaudra de passer plus de deux ans en prison, ce qui fut fait, sans repentir ni reniement de leurs idées.

Février 1980 : A Plogoff sur la pointe sud du Finistère, le petit village breton devient symbole de résistance au nucléaire. Des élus locaux aux franges révolutionnaires, dans les villes et les campagnes, une grande partie de la société bretonne se mobilise pour faire tomber le projet de centrale. En janvier 1980, les dossiers de l’enquête d’utilité publique arrivent à la mairie de Plogoff et se transforment immédiatement en un feu de joie sur la place publique. Des camions sont amenés par la préfecture pour jouer le rôle de mairie annexe, avec en parallèle chaque jour la mise en place d’une occupation policière massive pour protéger les camions. La pointe du Raz prend des allures de colonie remuante à pacifier. La police ne suffit plus, les parachutistes et les blindés sont envoyés pour affronter les « messes » bretonnes. Comme un rituel, chaque jour, l’attaque des troupes d’occupations, les barricades, les flammes jusque tard dans la nuit. La lutte tiendra sans fléchir jusqu’à l’élection de Mitterrand, et l’abandon final du projet, comme celui du Pellerin dans le pays nantais.

13-14 février 1974 : A la veille de ce qui ne s’appelait pas encore la saint Valentin, un colosse au pied d’argile tombe. L’imposant émetteur relais de Roc’h Tredudon, au sommet des monts d’Arrée, s’est écrasé au sol en s’étalant de tout son long, détruit par un attentat à l’explosif. L’action a un écho considérable et l’État, qui à l’époque gère la seule chaîne de télé autorisée, est tourné en ridicule. Le Finistère n’a plus de télévision pour plusieurs semaines, des ethnologues et des sociologues débarquent en Bretagne pour mesurer les effets d’une coupure brutale de petit écran. Dans le monde breton, des rumeurs circulent bien vite sur les origines de l’attentat, certains bruits parlent d’un complot policier. Un parti breton bien intégré dans le monde institutionnel se fait le relais de ces rumeurs et commence à se persuader que l’attentat est une machination visant à réprimer ses militant.e.s, ce qui n’est bien sur pas arrivé. « On a les frissons qu’on peut » en ricana un des membres du commando. Le FLB met fin aux rumeurs par une rencontre avec un journaliste où sont révélées les informations à propos du matériel utilisé, du mode opératoire et des motivations de l’action. L’attentat est à la fois une réponse à dissolution par l’État du FLB et à la censure qui a touché le seul journaliste en langue bretonne de télévision de l’époque. Sur les lieu de l’attentat, une pancarte laissée sur place donnait déjà l’indice à ce propos, on pouvait y lire, « Evit ar brezhoneg ».

Éphéméride des luttes bretonnes – Janvier

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5 janvier 2014 : Des Bonnets Rouges se retrouvent sur les ponts, avec banderoles et Gwenn ha Du, un peu partout au dessus des quatre voies des cinq départements bretons. Cette action de visibilité vient se greffer aux autres temps forts de la mobilisation, comme les occupations de quatre voies ou les manifestations dans les villes. Pour faire tomber l’eco-taxe néanmoins, les Breton.ne.s restent très terre à terre. Dans le mois de janvier, un portique endommagé à Jans (44) est démonté par l’État, à Gosné (35) un feu est également venu saboter l’installation. D’octobre 2013 à mars 2014, il ne se passe pas un mois en Bretagne sans que des actions du genre ne visent des portiques, et sur la même période le rythme est encore plus soutenu pour les attaques de radars.

27 janvier 2000 : Gérard Bernard, militant indépendantiste membre d’Emgann, rédige une lettre pour le journal du parti, Combat Breton. Il est incarcéré dans les prisons françaises quand il rédige cette lettre, accusé d’avoir participé aux activités de l’ARB dans les années 1990. Il fera plus de deux ans de détention provisoire avant d’être jugé. Durant son incarcération, il témoigne à plusieurs reprise des pratiques humiliantes et dégradantes qui sévissent dans le monde de la police, de la justice et des prisons françaises. Interrogatoires de nuit, cellules déplorables, repas froids, fouilles à nu répétées avec palpations insistantes malgré l’absence de vêtements, volonté d’imposer des pratiques dégradantes bien qu’elles soient systématiquement refusées (« à poil, mettez vous accroupis, toussez »). En dépit de ce quotidien difficile, les militants Bretons incarcérés maintiennent un esprit revendicatif. Avec d’autres prisonniers politiques Basques, ils refusent de remonter en cellule après une promenade. Sur les murs de la cours, ils ont collé une affiche à coté d’un drapeau français et espagnol, on peut y lire l’inscription « Tortionnaires » comme trait d’union entre les deux drapeaux. Une action qui vaut notamment à Gérard Bernard de faire un passage au mitard, c’est-à-dire à l’isolement total, dans une cellule de trois mètres carrés avec comme seul mobilier une table et un lit en béton. C’est là qu’il se trouve le 27 janvier quand il écrit sa lettre pour Combat Breton.

10 janvier 1994 : Un nouvel axe routier est inauguré dans le sud de Brest, entre le pont de l’Élorn et la Plage du Moulin blanc. La nouvelle signalétique routière est monolingue française, et dans la nuit qui précède l’ouverture de la route, des militant.e.s de Stourm Ar Brezhoneg (SAB) se sont occupés de repeindre l’ensemble des panneaux. Le communiqué transmis aux médias conclue sur la détermination toujours intacte du groupe à poursuivre les actions de peinturlurage pour obtenir une signalétique bilingue : « Kenderc’hel a raio Stourm ar Brezhoneg d’en em gannañ evit-se, gant doareoù o deus diskouezet bezañ efedus. Brezhoneg, yezh ofisiel e Breizh ! Panelloù hent brezhonek e Breizh! » / « Stourm ar Brezhoneg continuera à combattre avec les moyens qui ont démontré leur efficacité. Langue bretonne officielle en Bretagne ! Des panneaux routiers en breton en Bretagne ! »

1977: Durant le mois de janvier 1977, de très nombreux attentats se produisent en Bretagne sous l’action du FLB-ARB. L’année commence par des attaques sur la cité administrative de Redon, le centre de redevance de l’ORTF (pour la langue bretonne dans les médias), le palais de justice de Saint Malo (justice justement, pour l’ensemble de son œuvre), sur les chantiers et carrières de l’entreprise Lagadec (cf éphémérides du mois de décembre et septembre) à Brest et Saint Renan, ainsi que le cercle des officiers de Rennes. 1958: Lancement du journal L’Avenir de la Bretagne, création de la droite bretonne portée par Yann Fouéré, ancien notable régionaliste collaborateur. La ligne idéologique du journal et du mouvement politique qui l’accompagne, le MOB – Mouvement pour l’organisation de la Bretagne – se résume dans une phrase : l’appartement Bretagne dans l’immeuble France du quartier Europe. Conservateur, partisan d’un ordre social inchangé et officiellement hostile à l’indépendance, le MOB se crée sur une période où les mouvements bretons sont presque inexistants. Raccroché au CELIB, regroupement de notables et de patrons utilisant les colères populaires bretonnes pour négocier des aménagements capitalistes du territoire avec Paris (Plogoff, Notre Dame des Landes), le MOB n’arrivera jamais à construire un mouvement idéologiquement cohérent face à l’époque de transformation radicale que connaît la société bretonne traditionnelle au sortir de la guerre. Quelques années après sa création, alors que le journal soutient l’Algérie française et peste en mai 1968 contre les idées de gauche, le mouvement finit par disparaître. À sa suite viendront la fin des années 1960 et la décennie 1970, où opposition au remembrement, au nucléaire, aux fermetures d’usines, à l’armée, à l’État français et au capitalisme en général, vont plus que jamais se lier aux idées nationalistes bretonnes.

Janvier 1921 : Le petit journal régionaliste conservateur Breiz Atao, proche du royalisme français, abandonne officiellement son premier sous-titre pour devenir la « Revue mensuelle du nationalisme breton ». Les départs des fondateurs et les changements d’idées de l’équipe de rédaction poussent en effet le journal à prendre ses distances avec le régionalisme, avec la religion catholique, avec le respect pour l’armée et l’amour de la patrie française. Au nom de leur nouveau nationalisme, ces militants assument n’être ni de droite ni de gauche. Pour des gens qui fréquentaient dans leur jeunesse l’Action française, cela signifie que les idées de gauche sont maintenant les bienvenues dans le nationalisme breton. Quelques années plus tard les jeunes de Breiz Atao prendront la rue par l’activisme et n’hésiteront pas à dire qu’ils comptent des communistes dans leur rang. De même, là où il fut répété pendant des générations que l’engagement breton ne pouvait qu’être lié à la religion catholique, ils répondent qu’on peut être protestant, catholique ou athée, et nationaliste. Comme l’écrivent conjointement Morvan Marchal, l’inventeur du Gwenn ha Du et futur antifasciste, et Olivier Mordrel, futur fasciste, en avril 1924 dans Breiz Atao : « Nous sommes venus des quatre coins de la politique, de la religion, de la pensée. Nous nous sommes rencontrés à la Nation Bretonne. »

Gilets Jaunes : il est toujours bon de faire trembler les rois

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Depuis la première mobilisation des Gilets Jaunes le 17 novembre, ce mouvement monte en puissance par des actions de blocage, d’occupation, de manifestation et d’émeute. Le pouvoir tremble et nous ne pouvons qu’en être satisfait.e.s !
Le légitime ras-le-bol à propos des taxes a cristallisé de profondes colères latentes. La radicalisation expresse du mouvement l’amène maintenant, pour partie, à envisager des solutions révolutionnaires. L’attentisme puis les miettes données par Macron ont contribué à accélérer ce processus : les revendications portées sont maintenant multiples et en évolutions permanentes.
Des revendications à propos du renforcement des forces de police ou d’expulsion des migrant.e.s disparaissent peu à peu, les classes populaires abandonnent les illusions des réformistes de tous bords. La conscience de classe revient à mesure que les Gilets Jaunes comprennent où sont leurs intérêts et qui s’y oppose.

Il y a néanmoins un point important sur lequel le mouvement ne s’est pas encore assez questionné : son rapport à la nation française. Nous constatons dans certains groupes locaux en Bretagne des avancées louables sur la question des langues minoritaires, voire même sur la question du droit à l’autodétermination. Les Gilets Jaunes s’entourent pourtant allégrement des symboles de l’État qu’ils affrontent : marseillaise, drapeau tricolore, allégeance citoyenne.
Si cette symbolique aide à maintenir un dogme jacobin dans les esprits, le mouvement risque sûrement d’y perdre plus que d’y gagner. La sur-représentation des drapeaux bretons ou drapeaux d’autres peuples dans les manifestations des Gilets Jaunes révèle une volonté sous-jacente d’émancipation autre que les grandes revendications affichées dans les médias. Le mouvement parle maintenant de réforme des institutions, de destitution du pouvoir, de vastes politiques sociales, mais bien peu encore de l’autonomie des territoires et du droit de décider. Le référendum d’initiative populaire est loué par les Gilets Jaunes, il est donc légitime d’y parler de référendum pour la réunification de la Bretagne ou pour des consultations sur d’éventuelles autonomies ou indépendances !

Ce mouvement est d’autant plus caractérisé par une nette volonté de ne pas être dirigé. L’expérience des Bonnets Rouges nous a montré en Bretagne à quel point le pouvoir pris par les leaders peut vite conduire à des trahisons. Puisqu’il n’y a pas de direction française centralisée, des territoires comme la Bretagne peuvent donc légitimement y aborder des questions qui leurs sont propres, dont l’autodétermination !

Il est bien difficile de savoir comment va évoluer ce mouvement. Il ne sera pas surprenant de le voir s’arrêter demain, ni de le voir continuer pendant des mois. Mais si la dynamique se maintient, nous ne pouvons qu’inciter à y porter des soutiens indépendantistes, en Bretagne et ailleurs. Ne pas comprendre et ne pas participer à ce mouvement, c’est se condamner à l’incompréhension de nombreuses aspirations populaires à venir.

Appel à intensifier la révolte en Bretagne, à se rendre aux blocages, aux manifestations, à y porter un message indépendantiste et révolutionnaire !
Appel à tou.te.s les antifascistes à barrer l’extrême droite dans le mouvement et à l’expulser des manifestations comme à Paris !

Vive la Bretagne libre, vive la révolution !

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Jiletennoù melen : Ar roueed a greenn en o ziez.

Emsav ar Jiletennoù melen n’eus kresket abaoe o manifestadeg kentañ d’ar 17 a viz Du. A drugarez da obererezhioù skoilhañ, ac’huberez, pe manifestadegoù o tostaat deus un taol-dispac’h, emañ ar galloud e penn o krennañ. Ha deus an dra-se e c’hellomp-ni bezañ plijet.
Gant istor an tailhoù eo bet lakaet war well ur c’hounnar don a chome kousket e spered an dud.
Krenaat fonnus al luskad a gas ul lodenn mat deus outo, da glask war lerc’h diskoulmoù dispac’herien.
Gortozhidigez Macron hag ar paourkaez restachoù roet gantañ erfin n’eus lakaet an traoù da fonusaat. An arc’hadurioù goulennet a zo bremañ lieseurt hag o kemmañ, o emmdroañ bemdez.
Arc’hadurioù o c’houlenn kreñvaat ar polis pe skarzhañ ar repuidi a zo o vont diwar well tamm ha tamm, ar renkad poblek a zilosk o selloù touellet war an disivouderien politikel a bep tu.
Dont a ra en dro an dud da vezañ emskiant deus an diforc’hioù etre pep renkad. Adkavout a reont pelec’h emañ o interest, ha piv zo enepto
En desped da se e chom ur poent a n’eo ket bet komzet deus outañ gant ar jiletennoù melen. Penaos eo an traoù keñver an darempredoù gant bro-c’hall. Ba luskadoù zo e Breizh hon eus merzet araokadennoù zo war ar yezhoù minorelek, ha memes war ar gwir da zivizout en un doare lerc’hel ha gant ar bobl. Ar jiletennoù melen o deus koulskoude implijet arouezioù ar stad emaint o stourm a enep : ar marseillaise, ar baniell triliv, an allégeance citoyenne. An arouezioù-se a zo ur gwask ag a vir ur spered jakobin, kuit da gas traoù fall d’al luskad.
Koulskoude pa vez gwellet an niver a banielloù breizh pe a banielloù pobladoù all er manisfestadegoù jiletennoù melen e vez santet ur c’hoant dieubidigezh all, disheñvel ouzh an arc’hadurioù skignet gant ar mediaoù
Al luskad a gomz deus reformoù an ensavadurioù, deus eztitladur ar galloud, deus politikerezh sokial, met ne vez ket klevet kalz komz deus emrenerez an tiriadoù ha deus ar gwir d’ar bobl da zivizout. Ar gwir da zivizout evit adunvaniñ breizh ! Referundumoù all war un emrenerezh posubl pe un dizalc’hidigez memes !
Al luskad a zo merket gant ar c’hoant bezañ emren nac’hañ a reont bezañ renet.

Skiant prenet ar bonnedoù ruz e Breizh neus diskouezet pegen danjerus eo pa vez renerien o tapout ar galloud. Ganto vez degaset riskloù trubarderezh buan tre. Dre ma n’eo ket ul luskat kreizennet war bro c’hall, tiriadoù vel Breizh a c’hell mat tre degas o ac’hadurioù dezho, hag ar gwir da zivizout en tiriad n’eo ket an hini diwezhañ !
Diaes mat eo gouzout penaos e troio al luskad se . Ne vefemp ket souezet o welet n’añ paouez warc’hoaz pe kenderc’hel pad mizioù.
Ma vez dalc’het gant al luskad ne c’hellomp ni nemmet atizañ an dud da zegas o skoazell dizalc’hourien, e Breizh ha pep lerc’h. Chom hep kompren pe kemer perzh d’al luskad se a zo prennañ dorioù evit kompren ac’hadurioù ar bobl.
Galv a reomp da stourmiñ evit an dispac’h e Breizh, mont da sikour el lerc’hioù stanket, d’ar manifestadegoù. Degas ur preder hag ur galv dizalc’hour el luskad !
Galv d’an holl enepfaskourien evit nac’hañ al luskad d’an tu dehou pellañ ha skarzhañ anezho deus ar manifestadegoù giz e Pariz !

Bevet Breizh dieub, bevet an dispac’h !

Ephéméride des luttes bretonnes / Décembre

Miz kerzu

29 et 30 décembre 2008, 6 jeunes militants du Groupe d’Intervention pour la Réunification de la Bretagne sont interpellés en flagrant délit et/ou à leur domicile après avoir recouvert la propagande Pays de Loire de coaltar et de « 44=BZH » sur 5 trains TER ainsi que l’Hôtel de région PDL. Ils sont libérés le 31 décembre sous les acclamations d’une cinquantaine de personnes venues les soutenir devant les locaux de la Brigade Départementale de Police de Nantes. Le Président de la Région PDL de l’époque Jacques Auxiette, agacé par les barbouillages fréquent de sa propagande, avait téléphoné en personne au préfet pour lui demander de traiter l’affaire avec fermeté.

16 décembre 2000, 400 personnes manifestaient à Morlaix pour la libération des prisonniers politiques bretons. En entonnant le slogan de « Chirac en prison, les Bretons à la maison », la manifestation passe devant le commissariat, le tribunal et la mairie, où un drapeau français est brûlé. Le choix de la ville de Morlaix ne tient pas au hasard, Marylise Lebranchu en est la maire, elle appartient au Parti Socialiste qui partage à ce moment le pouvoir avec la droite dans le cadre d’une cohabitation. Cinq ans plus tôt, alors que le PS était dans l’opposition, Lebranchu s’était affichée dans une manifestation de soutien aux prisonniers politiques qui avait rassemblé aussi bien en Bretagne qu’au Pays Basque ou en Corse. Mais en l’an 2000, malgré le passage de la manifestation devant ses fenêtres, la maire de Morlaix n’a pas dénié se montrer, ah quoi bon, quand on est plus dans l’opposition ?

17 décembre 1995 : La jeune région des Pays de Loire cherche à faire connaître l’identité d’une région qui n’existait pas il y a seulement une génération. Pour pallier à ce manque d’attache locale d’une région technocratique, les technocrates financent un car-forum dont le but est de faire des tournées auprès de la population pour leur vendre l’identité pays-de-loirienne. Le 17 décembre il doit se rendre à Nantes, le cœur de son voyage. Un petit détail vient perturber la fête, 900 personnes défient le mauvais temps pour venir manifester contre la présence de cette communication fumeuse dans la capitale bretonne. Par précaution, la visite du car est annulée à la dernière minute. La manifestation est menée par le CUAB (ancêtre de Bretagne Réunie) et le Front contre les Pays de la Loire. La présence de ce deuxième groupe a sûrement motivé l’acte d’annulation, il faut dire qu’il s’était fait connaître fin août en saccageant le car à La Baule.

6 décembre 1974 : Deux ans après les grandes mobilisations de la guerre du lait, de nouvelles actions viennent viser les jeunes et déjà puissantes coopératives de l’agro-alimentaire. Ces groupes qui poussent à l’industrialisation de l’agriculture bretonne attirent les colères de toute la petite paysannerie qui n’a plus que le choix de partir vers le modèle industriel, disparaître ou résister. Ce 6 décembre 1974 à Bécherelle, un commando du FLB incendie trois camions laitiers. L’importance des mobilisations paysannes de 1972 vont avoir de nombreux soubresauts pendant des années, les sabotages de ce genre sont assez réguliers en Bretagne dans la décennie 1970.

Décembre 1976 : Lutte clandestine toujours, une série d’attentats vient venger la mort de Yann Kel Kernaleguen (voir éphéméride septembre) et maintenir la mobilisation contre le projet de camp militaire à Ti Voujeret près de Chateaulin. Après des lettres ouvertes, des manifestations, des campagnes d’affichages, la création d’un comité de défense, c’est en effet les commandos des FLB-ARB qui prennent la suite de l’opposition au camp militaire. Après la mort d’un membre de ces commandos, les actions redoublent d’intensité contre le projet. Visée particulièrement, l’entreprise Lagadec qui s’occupe du terrassement en vue des constructions. Le 6 décembre à Brest et à Plougastel Daoulas, des explosions visent les chantiers de l’entreprise. Le 8 décembre à La Roche Maurice et le 11 décembre à Sizun, ce sont des barrages gérés par l’entreprise qui sont à leur tour visés. Dans les mois qui suivent, les chantiers, carrières et barrages de l’entreprise seront attaqués à de très nombreuses reprises par le groupe clandestin breton.

26 et 27 décembre 1931 : La Ligue Fédéraliste de Bretagne tient son premier congrès à Saint Malo. Le mouvement vient d’être lancé le mois précédent, tout comme son journal La Bretagne Fédérale. On retrouve dans ce groupe plusieurs militants bien connus du Parti autonomiste breton et de Breiz Atao : Morvan Marchal – le créateur du Gwenn ha Du – Ronan Rickwaert, Edmond Coarer, Arsène Gefflot, ou encore Goulven Mazéas – premier candidat à une élection pour le PAB en 1930. Par opposition au Parti national breton qui se créé également en 1931 sur les restes du PAB, la Ligue se définit à la fois comme nationaliste, pacifiste et partisane d’un fédéralisme international. Pendant le congrès, Marchal affirme la position du groupe par ces mots : « notre premier but est la reconstitution de la Bretagne dans l’intégrité de ses possibilités intellectuelles et économiques, c’est-à-dire avec ses droits et sa liberté de peuple original, donc de nationalité. Seul l’État français parce que centralisé à l’excès, impérialiste de nature, l’empêche. Nous devons donc lutter pour le fédéralisme qui procurera à la Bretagne son libre développement dans la Paix, car seul, l’union des peuples et non des états sera en mesure de nous l’assurer. »

Décembre 1925 : Le numéro 84-85 du mois de décembre-janvier de Breiz Atao donne signe d’une évolution politique certaine. De la revue lancée en 1919 par quelques régionalistes conservateurs, le journal est maintenant l’organe de l’UYV, un petit groupe nationaliste qui cherche à se développer sur le terrain politique et en matière d’idéologie. Dans ce numéro est discutée la question de l’indépendantisme catalan, que le journal analyse comme le « fils de l’oppression » que l’État central a fait subir à la région catalane sous sa tutelle. Quelques pages plus loin, Fañch Éliès, alias Abeozen, écrit un papier qui s’insurge contre la colonisation française en Indo-Chine. Debauvais de son côté, en ce qui concerne la Bretagne, annonce le lancement de la revue War Zao, une revue politique destinée aux classes paysannes et ouvrières de Trégor et de Cornouaille créée par Louis Derrien, un ouvrier de Guingamp. De son coté Mlle Le Roux, la secrétaire du groupe féminin de l’UYV, le premier groupe de femmes militantes bretonnes, publie quelques lettres de demande d’adhésion et continue sa campagne pour faire grandir le rôle des femmes dans le mouvement nationaliste. Léon Millardet, militant actif en Basse Bretagne, encourage quant à lui les troupes dans la chronique de l’UYV : « Nos exhortations d’il y a un an, notre travail depuis lors n’ont pas été vains. Nous pouvons avoir confiance. Il est clair que le mouvement ne s’arrêtera pas là. »